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Pourquoi le fabricant du Thermomix se prépare à supprimer 320 emplois

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Marché saturé, concurrence accrue... Les ventes du robot cuiseur vedette reculent depuis deux ans et son fabricant allemand Vorwerk envisage de supprimer 320 emplois. La filiale française qui emploie 1500 personnes pourrait être concernée.

Ça chauffe pour Thermomix. Le robot cuiseur vedette de l'allemand Vorwerk fait un peu moins recette depuis quelques mois au point que son fabricant songerait à supprimer des emplois dans ses usines. Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, la société envisagerait de supprimer 320 emplois dans le monde dont 165 en Allemagne où la firme compte 3300 salariés. 

Et la France pourrait bien être concernée. Car c'est principalement dans son usine de Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir) qu'est fabriqué le fameux robot. La filiale française de Vorwerk compte près de 1500 salariés dont 340 sur le site de production où les effectifs ont fortement progressé depuis deux ans avec l'embauche de 100 personnes. Or selon nos informations, un audit interne est en train d'être réalisé dans le groupe. Ses conclusions sont attendues au premier trimestre 2019. Et la possibilité d'une réorganisation n'est pas écartée par les dirigeants de la filiale française. 

C'est qu'après une décennie de très forte croissance tirée notamment par la sortie en 2014 du modèle TM5 connecté, les ventes de Thermomix ont fortement marqué le pas en 2017. L'année dernière, il s'est vendu par exemple 238.000 robots cuiseurs de la marque dans l'Hexagone, soit un recul de 15%. Et en Allemagne, son plus gros marché, la décrue est encore plus forte avec des ventes en retrait de 22%. Seuls les nouveaux marchés comme l'Espagne, la Pologne ou encore la Chine tirent les ventes. Mais avec des volumes moindres que dans ces deux plus gros marchés historiques que sont l'Allemagne et la France. Au total, Vorwerk a vendu l'an passé pour 1,1 milliard d'euros de Thermomix, contre près de 1,3 milliard en 2016.

Un marché français saturé?

Et si la société (à capital familial) ne communique pas le montant de ses bénéfices, son dernier rapport d'activité laisse entendre qu'ils n'ont pas été à la hauteur des espérances. "Le résultat d’exploitation de l’année est nettement inférieur à celui de l’année précédente, en raison notamment des objectifs de vente qui n’ont pas été pleinement atteints. L’évolution des ventes a été nettement inférieure à la planification", assure le document. 

Comment expliquer cette contre-performance? D'abord parce que ses marchés historiques arrivent à saturation. Il y aurait environ 2,5 millions de foyers français déjà équipés d'un Thermomix. Et après le lancement en 2014 du dernier modèle TM5 qui avait permis un renouvellement rapide du parc, l'année 2017 n'a pas eu droit à son lot de nouveauté. Et si la marque bénéficie d'une base de clients fidèles, le tarif élevé de son robot-cuiseur (au moins 1169 euros pour le modèle non-connecté) est probablement un frein pour l'élargir encore davantage.

D'autant que la concurrence s'est exacerbée depuis deux ans. Notamment avec l'arrivée sur le marché du robot Monsieur Cuisine de Lidl. L'appareil qui comme le Thermomix est chauffant et possède un bol en inox est fabriqué en Chine mais semble de bonne facture si l'on en croît les tests de produits. Surtout, la chaîne de magasins le vend 229 euros, cinq fois moins cher donc que le Vorwerk. Et avec ses ventes flash (le robot n'est pas en permanence présent en magasin), Lidl est en train de prendre des parts de marché au Thermomix avec des centaines de milliers de ventes par an. L'arrivée en 2019 d'un modèle lui aussi connecté à 300 euros pourrait même faire encore plus de mal au roi des robots cuiseurs.

Seule solution pour Vorwerk: se diversifier pour être moins dépendant du Thermomix. Elle pousse ainsi sa marque d'aspirateurs Kobold à qui elle consacre d'ailleurs la moitié de la boutique parisienne ouverte en 2017. La société mise aussi sur son abonnement à 36 euros par an pour accéder à de nouvelles recettes sur son Thermomix. Elle tente aussi une diversification dans les boissons. La firme a lancé cette année une machine à thé connectée baptisée Temial qu'elle vend tout de même la bagatelle de 600 euros. Le prix du "Made in Germany".

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco