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Pesticides : la France interdit l’une des substances les plus utilisées par les céréaliers

L'époxiconazole est notamment utilisé dans le traitement des champs de blé

L'époxiconazole est notamment utilisé dans le traitement des champs de blé - AFP

INFO BFMTV-RMC L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, a ordonné le retrait d’un fongicide très utilisé par les agriculteurs céréaliers, l’époxiconazole, cancérogène suspecté et présumé toxique pour la reproduction humaine.

C’est une décision qui était très attendue par les associations de consommateurs, et redoutée par les industriels qui produisent la substance, comme BASF. L’époxiconazole, une substance active qui se retrouve dans des produits phytosanitaires, beaucoup moins connue du grand public que le glyphosate mais très utilisée en France, va être interdite, à la demande de l’Anses, qui a publié un avis officiel, comme l'annonçait BFMTV-RMC en début d'après midi. Concrètement, l'Anses retire l'autorisation de mise sur le marché de l'ensemble des produits à base d'époxiconazole. 

L’époxiconazole est un fongicide qui détruit les champignons parasitaires. Il s’agit d’un traitement qui se fait au printemps, en général une fois par an. En France, chaque année, 200 tonnes de substance active sont commercialisées dans 76 produits. "Cela peut paraître peu mais en réalité la moitié des surfaces céréalières en France sont traitées à l’époxiconazole. C’est très important", précise le docteur Caroline Semaille, directrice générale déléguée aux produits réglementés à l’Anses. L’époxiconazole est ainsi utilisé sur 50% des surfaces céréalières (blé, orge, seigle, avoine) mais aussi dans le cadre la culture de la betterave (70% des surfaces concernées)

Un perturbateur endocrinien avéré et cancérogène probable

En janvier 2017 déjà, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) listait une douzaine de pesticides reconnus "préoccupants" et restant à ce jour autorisés au niveau européen, notamment l’époxiconazole, classé cancérogène probable et présumé toxique pour la reproduction. C’est aussi un perturbateur endocrinien. "Nous avons étudié toutes les données et notre conclusion c’est que l’époxiconazole est un perturbateur endocrinien avéré, et présente un danger préoccupant pour l’homme et pour l’environnement", précise Caroline Semaille.

L’Europe avait acté en 2018 une définition des perturbateurs endocriniens, avec des critères validés et publiés en juin dernier. "Tant que l’Europe n’avait pas adopté son guide des critères de ce qu’est un perturbateur endocrinien, nous ne pouvions pas faire grand-chose. On avait déjà notifié aux ministères nos préoccupations par rapport à cette substance mais on n’avait pas le levier réglementaire. Ce guide va changer beaucoup de choses", précise le docteur Semaille.

"Les agriculteurs vont devoir faire autrement"

Au niveau européen, une réévaluation de l’époxiconazole est aussi en cours. Une décision est attendue en avril 2020. "La France ne pouvait plus attendre. Il y a des usages très importants, des populations sensibles comme les enfants et les femmes enceintes qui sont concernées, et on est un pays très agricole", explique Caroline Semaille, qui précise : "C’est le sens de l’histoire. Les agriculteurs vont devoir travailler autrement. Tout le monde est conscient qu’il faut raisonner l’utilisation des produits. C’est du bon sens".

Le retrait de l’époxiconazole ne se fera pas du jour au lendemain. "On ne peut pas laisser les agriculteurs sans solution du jour au lendemain, même s’il existe d’autres fongicides de la même famille". Tous les industriels ayant été notifiés début mai, ils auront un délai de 12 mois pour retirer définitivement les produits à base d’époxiconazole du marché.

Contacté, le directeur de l’association Générations Futures François Veillerette, se réjouit : "C’est une très bonne nouvelle car l’époxiconazole est un produit très dangereux, et c’est bien que la France prenne les devants avant l’Europe. Mais il existe d’autres pesticides dangereux qui devraient être retirés rapidement, comme l’a rappelé l’Igas l’an dernier, et nous espérons que l’Anses va poursuivre sur sa lancée".

Marie Dupin pour BFMTV