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Les supermarchés passent au 2.0 pour réinventer vos courses

Les magasins sont en train d’opérer une vaste mue qui va totalement modifier la façon dont vous faites vos courses, avec l’aide du big data, de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale. Voici ce qui va changer... et très vite.

Contrairement à ce qu’ont pu craindre les distributeurs un moment, le e-commerce ne tuera pas le magasin physique. Simplement l’essor des achats en ligne a habitué le consommateur à payer en un clic, à ne porter aucun sac, et rendu insupportable l’attente aux caisses. Et puis les commerçants ont réalisé qu’une bonne utilisation des données de leurs clients pouvaient décupler leurs ventes.

Le commerce mondial opère donc sa révolution, celle du "O to O", pour Online to Offline, du commerce en ligne vers le commerce physique en VF. Autrement dit, les magasins intègrent des solutions nées sur internet pour transformer la manière dont vous faites vos courses. Voici comment vos habitudes vont très vite changer.

> Vous paierez sans carte ni espèces

Chez Amazon Go, les supérettes du géant du e-commerce qui prévoit d'en ouvrir 3000 aux Etats-Unis d’ici à 2021, on s’identifie à l’entrée avec son smartphone. Des caméras enregistrent vos emplettes dans les rayons, et le tout est débité de votre compte Amazon automatiquement au moment de la sortie. JD.com, l'Amazon chinois, a ouvert le même type de store dans son siège à Pekin.

> Après vos emplettes, vous sortirez des magasins les mains vides

C’est ce qui se passe déjà chez QM à Pékin, un grand magasin de mobilier scandinave, opéré en partenariat avec l’un des leaders chinois du e-commerce, JD.com. Dans les rayons, les étiquettes sont de petit écrans où figure, outre le prix, les avis clients et le nombre de personnes l'ayant acheté récemment. Les mêmes infos que si vous achetiez en ligne sur Cdiscount ou Amazon. L’étiquette s’actualise automatiquement en même temps qu’intervient une promotion sur le site de e-commerce. En la scannant, le client peut payer et opter pour la livraison en un clic, puis ressortir du magasin les mains vides. QM réalise désormais 15% de ses ventes ainsi.

SES Imagotag
SES Imagotag © Des étiquettes-écrans permettent de payer en un clic, de connaître les avis clients et le nombre d'achat du produit. N.G.

> Tous les produits de la gamme auront été choisis spécialement pour vous

La complémentarité entre "online" et "offline" va encore plus loin chez QM. Au premier étage des quatre que compte le grand magasin, tous les produits proposés (de la déco, du petit électroménager, des cosmétiques, de la nourriture, et même des fleurs fraîches) ont été choisis grâce aux données récupérées par JD.com, le Amazon chinois.

Les deux partenaires ont utilisé des données sur le comportement des clients, ce qui les fait convertir leur visite en achat, mais aussi sur la réputation des marques, les modes du moments, etc. De la data finement analysée pour proposer une gamme qui correspond aux goûts des Chinois âgés de 20 à 40 ans, de la classe moyenne supérieure. 

N.G.
N.G. © QM en Chine a choisi sa gamme grâce au big data, afin qu'elle corresponde aux goûts des voisins du magasin. N.G.

> Les employés en magasin seront entièrement à votre service

Couplées à des caméras et un logiciel, les étiquettes des rayons sont désormais capables de signaler aux employés que tel rayonnage est vide, ou que dans l'entrepôt, le stock est bas. Ces étiquettes intelligentes sont développées par SES-Imagotag, une pépite française, peu connue du grand public alors qu'elle est leader mondial du secteur. Elle a pour clients Carrefour, Monoprix-Casino, Sephora, Système-U, Grand Frais, etc. Mais ces grands noms n'utilisent pas encore toutes les fonctionnalités de ces outils.

Demain "l'employé qui n'a plus à compter les bouteilles de Coca en stock peut à nouveau s'occuper du client, du service, du conseil pour lesquels justement, le consommateur continue de se rendre en magasin", souligne Thierry Gadou, PDG de SES-Imagotag.

> Vous ferez vos courses à toute heure

En France, le groupe Casino a ouvert le mois dernier à Paris "Le 4", en partenariat avec Cdiscount. Le magasin, bardé de technologies, reste ouvert 24h sur 24h. Notamment parce qu’il n’y a pas besoin de caissiers: il suffit de scanner ses achats avec l’application Casino Max, et de valider son ticket en fin de parcours pour ouvrir les portiques de sortie. Monoprix, qui fait partie du groupe Casino, et Auchan travaillent à des facilités similaires.

N.G. Pekin
N.G. Pekin © Des centaines de deux-roues de livreurs garés devant les magasins chinois. N.G.

> Vos données seront utilisées pour vous inciter à acheter plus

Carrefour Chine a noué un partenariat avec Tencent, le géant chinois d’internet. En croisant leurs données, ils ont réalisé qu’un groupe de pop music chinois avait exactement la même cible que les cosmétiques d'Unilever, la multinationale de l’alimentaire et de l’hygiène. En l’occurrence, des jeunes femmes de moins de 20 ans. Un concert de ce groupe a été organisé dans un Carrefour de Pékin. Ce jour-là, "les ventes de cosmétiques Unilever ont explosé de 3249% par rapport à un jour normal!", se félicite la vice-présidente de la filiale, Nathalie Yu.

L'utilisation des données pour vendre plus va se généraliser dans les magasins physiques. Les distributeurs cherchent d'ailleurs à collecter les leurs directement. Demain, des caméras vous identifieront à l'entrée, puis des promotions clignoteront sur les produits que vous avez coutume d’acheter, ou ceux que les gens qui vous ressemblent apprécient.

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N.G. © Chez 7Fresh, il y a plus d'employés que de clients dans les magasins. N.G.

> Vous mettrez moins souvent les pieds au supermarché

Toujours en Chine, chez Hema ou Seven Fresh, deux distributeurs de produits frais à Pékin, les employés sont bien plus nombreux que les consommateurs dans les allées. Et pour cause: plus de la moitié des ventes se font en ligne. Les salariés du magasin arpentent ainsi les rayons à toute vitesse pour confectionner les paniers. Puis des coursiers qui attendent par dizaines devant l'entrepôt les livrent dans un rayon de 5 kilomètres autour du magasin, maximum 30 minutes après la commande. Un service présenté comme gratuit, en réalité financé par un prix moyen des produits plus élevé que chez les autres distributeurs de la ville.

En France, Franprix et la plateforme de livraison express Glovo viennent également de lancer la livraison en 30mn pour Paris et sa banlieue, facturée 3,90 euros quel que soit le montant du ticket.

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N.G. © Des rails serpentent au plafond du magasin, afin de faire circuler plus vite les paniers des clients qui ont commandé en ligne.

> Vous n’aurez plus à ramener votre caddie sur le parking

Eli, le caddie connecté développé avec les supermarchés coréens E-Mart ressemble à une grosse poussette. Grâce à son assistance vocale il suffit de lui demander un produit spécifique pour qu’il nous emmène au rayon où il se trouve. On peut payer ses achats directement sur le caddie avec une carte bancaire ou via le mobile. Ensuite, Eli accompagne le client jusqu'à sa voiture pour décharger ses courses, avant de revenir se ranger tout seul dans le magasin.

Reste à savoir si ces outils vont réellement être adoptés par les consommateurs. En Chine, bien avant que l'américain Amazon ne rachète le distributeur Whole Foods en 2017, ces technologies envahissaient les magasins. Pourtant, début novembre chez 7Fresh, les caisses automatiques étaient totalement désertes, alors que la file d'attente s'allongeait devant la seule caisse avec une caissière du magasin. Et quand les assistantes des caisses automatiques proposaient à ceux qui attendaient dans la queue de venir, ils refusaient. 

https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco