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Le pari fou du patron d’Uniqlo

Tadashi Yanai, le fondateur de la marque de vêtements japonaise, vise un chiffre d'affaires de 30.000 milliards de yens en 2030.

Tadashi Yanai, le fondateur de la marque de vêtements japonaise, vise un chiffre d'affaires de 30.000 milliards de yens en 2030. - Laurent Fievet - AFP

Tadashi Yanai, le fondateur de la marque de vêtements japonaise, assure pouvoir atteindre un objectif invraisemblable : un chiffre d’affaires de 222 milliards d’euros en 2030.

Plus les années passent, plus grandit l'ambition de Tadashi Yanai, fondateur et patron de la marque de vêtements Uniqlo, un PDG japonais qui voit le monde à sa porte. "30.000 milliards de yens (222 milliards d'euros) de recettes en 2030, c'est un objectif, je ne plaisante pas", a déclaré mercredi le milliardaire à la tête du groupe d'habillement Fast Retailing, plus connu pour sa marque phare Uniqlo. A titre de comparaison, le montant évoqué est supérieur au chiffre d'affaires de Toyota.

Un capitaine d'industrie

Jusqu'à présent, Tadashi Yanai s'en tenait à "5.000 milliards de yens en 2020", ce qui apparaissait déjà presque déraisonnable compte tenu des ventes de moins de 1.000 milliards de yens affichées au moment où cet objectif fut initialement annoncé.

Tadashi Yanai, un capitaine d'industrie comme le Japon n'en fait presque plus depuis les patriarches créateurs de Sony, Honda, Panasonic ou Toyota, est persuadé que la réussite d'Uniqlo au Japon, avec ses 850 boutiques, peut être reproduite à l'échelle mondiale grâce à ses collections "basiques". "Cette année ou la prochaine, les recettes du groupe à l'étranger devraient dépasser celles encaissées au Japon", a précisé le dirigeant à l'AFP, prouvant qu'il avait vu juste il y a plusieurs années déjà.

Epinglé pour des conditions de travail déplorables

L'homme impose cependant à ses équipes une cadence infernale: "nous avons un rythme de croissance de production de 20% par an", explique le directeur de la production du groupe, Yoshihiro Kunii. "Nous devons passer d'une base actuelle de 1.600 milliards de yens (qui correspond au chiffre d'affaires du groupe) à 5.000 milliards, soit un triplement", rappelle-t-il. "Nous ne devons pas pour autant transiger sur la qualité, elle doit être maintenue au même niveau en permanence, tout cela avec beaucoup de contraintes par ailleurs, notamment en termes de gestion des ressources humaines", poursuit-il.

Uniqlo s'est ainsi fait épingler dernièrement pour les conditions de labeur déplorables dans des usines de fournisseurs en Chine. Le groupe reconnaît qu'il y a eu là des lacunes, mais le directeur de la "responsabilité sociale", Yukihiro Nitta, assure vouloir imposer des règles strictes et "souhaite collaborer plus activement avec les ONG, les autres industriels et toutes les entités qui peuvent permettre de surveiller les usines et y répandre les bonnes pratiques sur la base d'un partage auquel est prêt le groupe japonais".

Barcelone et Milan dans le viseur

L'autre défi est l'ouverture des boutiques à l'étranger: "l'Asie est une priorité", a rappelé mercredi Tadashi Yanai, mais pas seulement. Uniqlo compte déjà quelque 700 boutiques hors du Japon, avec un rythme d'ouverture qui s'accélère et un modèle de gestion qui évolue. Et le groupe de prendre pour exemple le navire amiral du quartier du Marais à Paris, "qui a une résonance internationale", selon Berndt Hauptkorn, PDG d'Uniqlo Europe.

Le concept particulier mis en place ici avec la vente de produits autres que des vêtements "est appelé à être reproduit à l'échelle internationale", confirme Tadashi Yanai. "Dans les radars, figurent entre autres des villes comme Barcelone et Milan", précise-t-il.

Y.D. avec AFP