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La véritable charentaise sauvée in extremis

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- - GEORGES GOBET / AFP

Avec la liquidation judiciaire de La Manufacture charentaise en novembre dernier, la confection traditionnelle et locale de ces fameux chaussons risquait de disparaître. Mais un nouvel atelier va naître de ses cendres, fondé par l’ancien directeur commercial du groupe.

Coup de tonnerre le 15 novembre dernier en Charente. Le tribunal de commerce d’Angoulême venait de prononcer la liquidation judiciaire de La Manufacture Charentaise, une structure créée en 2018 qui regroupait quatre des derniers ateliers de confection des fameux chaussons du département. Mais paradoxe alors que 104 salariés se retrouvent sur le carreau, en magasins, les clients se ruent sur les charentaises, de peur que leurs stocks ne tiennent pas jusqu’à Noël.

Des gérants de ces magasins contactent alors Olivier Rondineau, petit-fils du fondateur de l’atelier Rondineau, l'un des ateliers emblématiques de charentaises charentais, par ailleurs ex-directeur commercial de LMC. "Ils nous ont dit ‘il faut trouver une solution, on a besoin de votre produit, il est très demandé. Si personne ne reprend la production, il faut le faire vous-mêmes !". 

14 salariés, tous artisans

De quoi conforter Olivier Rondineau dans son projet : avec Michel Violleau, ex-technico commercial de LMC, ils avaient justement l’intention de recréer une manufacture de charentaises en Charente. Un atelier qui perpétuerait le savoir-faire traditionnel du "cousu retourné", qui a permis aux charentaises françaises de décrocher une "indication géographique protégée", une première pour le secteur du vêtement et de la chaussure.

La future entreprise, dont les deux associés gardent le nom confidentiel tant qu’ils ne l’ont pas déposé à l’Inpi, verra le jour en janvier. Et la production commencera dès mars 2020. Dans les ateliers qui seront basés à La Rochefoucault en Angoumois, 14 salariés fabriqueront les chaussons sur des machines traditionnelles, rachetées au quatre coins de la France à des ateliers aujourd’hui disparus.

Ces 14 salariés ont été repris parmi les 104 licenciés par LMC. Comme Christian, monteur cousu-retourné, ils sont tous artisans. La nouvelle manufacture ne comptera en effet que trois cadres: les deux fondateurs et une personne chargée de l’administratif. L'objectif des dirigeants est de créer une structure "à taille humaine, dans un bâtiment pas démesuré, où les personnes qui fabriquent ont un contact direct avec la direction, sans aucune strate décisionnelle", explique Olivier Rondineau.

100.000 à 110.000 paires de charentaises à l’année

Ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, c’est selon lui ce qui permettra à sa société de réussir là ou LMC a échoué. "La Manufacture Charentaise était une trop grosse structure, elle a réuni quatre sociétés trop rapidement, et s’est éparpillée parmi les techniques, en voulant en maîtriser d’autres que le cousu main", argue-t-il. C’est l’une des raisons pour lesquelles son associé et lui ont préféré créer une nouvelle structure plutôt que déposer une offre de reprise de LMC.

L’atelier d’Olivier Rondineau et Michel Violleau ne fera que du cousu-retourné, et table sur une production de 100.000 à 110.000 paires de charentaises à l’année. Ils sont d’autant plus confiants qu’ils ont déjà des promesses de commandes de grandes marques emblématiques du made in France, comme Le Slip Français, 1083 ou encore La Pantoufle à Pépère.

Si tout marche bien, ils pourraient même fabriquer d’autres souliers que ces chaussons autrefois appelés "silencieuses" quand, au Moyen-Âge, les valets les enfilaient pour arpenter les châteaux de leurs maîtres sans faire de bruit. Avec le cousu-retourné, on peut en effet aussi confectionner des bottillons, des bottes et des ballerines, précisent les associés. Mais "la priorité, c’est de fournir en charentaises nos clients et consoler tous ceux qui n’ont pas pu en avoir à Noël".

Nina Godart