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La Normandie, première région à se doter de sa monnaie locale numérique

Une consultation sur le nom de la future monnaie normande a été lancée en fin d’année 2017 par l'exécutif régional, dirigé par Hervé Morin (UDI).

Une consultation sur le nom de la future monnaie normande a été lancée en fin d’année 2017 par l'exécutif régional, dirigé par Hervé Morin (UDI). - Jean-François Monier-AFP

La Normandie lancera d'ici le printemps 2018 une monnaie soutenue par une association et l'exécutif de la collectivité. Comme ses consœurs plus locales, elle vise à promouvoir l’économie normande via les circuits courts de proximité mais s'en distinguera en étant numérique.

Il y aura bientôt une monnaie ayant cours sur toute la Normandie et ses cinq départements. Son lancement officiel sera effectif d'ici le printemps 2018 pour ce qui sera la première monnaie d'envergure régionale, alors qu'une quarantaine de monnaies plus locales ont déjà été créées à l'échelle d'une ville (Toulouse, Rouen) ou d'une partie de région (Pays basque ou pays de Ploërmel dans le Morbihan).

Leur essor est né de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce texte reconnaît les "monnaies locales complémentaires" comme moyen de paiement dès lors qu'elles sont à l’initiative de structures relevant des acteurs de l’ESS.

À l'instar de celles qui l'ont précédées, la future monnaie normande a pour but le développement de l’économie régionale en intégrant les critères de développement durable, les circuits courts et le commerce de proximité. Elle aura aussi, comme ses consœurs, un taux de change à parité: 1 euro équivaudra à une unité de la monnaie normande.

Pour fédérer les forces vives locales et porter le projet en lui même, l’association de la Monnaie normande citoyenne a été créée en novembre 2017. Elle réunit 70 parties prenantes dont la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire, des collectivités et des citoyens.

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La future monnaie régionale n'a pas encore de nom, ni de logo. Pour déterminer sa future appellation, l'exécutif régional, qui soutient le projet, sollicite les habitants au moyen de deux consultations réalisées par internet.

Parmi les six noms proposés lors de la première consultation déjà effectuée, Le Rollon, du nom du 1er Duc de Normandie à avoir créé une monnaie à son effigie, est arrivé en tête des votes. Un second vote est organisé jusqu'au 16 janvier 2018 pour départager les quatre candidats restant en lice (Normande, Viking, Rollon, Drakkar).

Une monnaie numérique basée sur une appli ou une carte

Principale nouveauté, la monnaie normande se distinguera de ses consœurs par une circulation à partir de moyens entièrement numériques. Elle proposera "à ses utilisateurs, citoyens, entreprises et collectivités, une solution de paiement numérique, 100% traçable et 100% sécurisé, carte de paiement et/ou application smartphone" explique Lynda Lahalle, conseillère régionale déléguée à l’économie sociale et solidaire.

Outre qu'il lui restera à convaincre suffisamment de particuliers et de commerçants à l'utiliser lorsqu'elle sera lancée, la monnaie normande n'est pas seule sur son territoire. Elle devra relever le défi lié à sa cohabitation avec les monnaies locales déjà en circulation au Havre (Le Grain) et à Rouen (L'Agnel). C'est pourquoi, sans doute, le président de la fédération Agnel (monnaie locale déjà diffusée avec succès depuis 2016 à Rouen) a été nommé vice-président de l'association de la Monnaie normande citoyenne...

Au Pays basque, l'eusko fait débat quand une mairie décide de payer avec

La mairie de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) a décidé d'accepter, voire d'effectuer certains règlements en monnaie locale basque, l'eusko. Monnaie associative créée en 2013, l'eusko compte 3000 adhérents particuliers et 700 professionnels ou associations, dont un tiers ont même ouvert des comptes numériques alimentés dans cette monnaie pour recevoir des paiements par carte.

La mairie a l'intention d'accepter cette monnaie pour le versement d'indemnités aux élus et de subventions aux associations ainsi que le règlement de factures.

Mais, cette pratique serait une hérésie comptable et administrative selon la sous-préfecture de Bayonne, qui a demandé, par "recours gracieux" à Jean-René Etchegaray, maire UDI de la ville et président de l'agglomération Pays basque, d'annuler la délibération municipale.

Celui-ci ayant refusé, la sous-préfecture a assigné la collectivité devant le tribunal administratif de Pau pour faire suspendre la délibération en attente d'un jugement sur le fond qui sera rendu vendredi 12 janvier 2018 en référé.

Frédéric Bergé