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Crise du lait: un plan de régulation en vue, le blocus continue

Les manifestants à Laval promettant "de poursuivre" le blocus de l'usine du géant laitier entamé lundi.

Les manifestants à Laval promettant "de poursuivre" le blocus de l'usine du géant laitier entamé lundi. - AFP - Jean-François Monier

Les représentants des éleveurs ont rejeté la proposition à 280 euros les mille litres. Ils poursuivent leur blocus en Mayenne, tandis que Stéphane Le Foll présentera mardi un plan de régulation de la production française demandé par Bruxelles.

La joute entre le géant du lait Lactalis et les éleveurs laitiers est loin d'être terminée. Les négociations sur le prix du lait ont échoué dans la nuit de jeudi à vendredi, au terme de près de onze heures de pourparlers. Les agriculteurs ont rejeté la proposition à 280 euros le litre de lait, transmise par le médiateur des relations commerciales.

"Je suis très déçu sur la méthode, j'ai eu l'impression que les représentants des organisations de producteurs n'étaient pas en capacité de prendre des positions et qu'elles leur étaient dictées depuis Laval. On repart à zéro, il n'y a plus de médiation possible dans ce cadre-là", a-t-il déclaré le médiateur Francis Amand à la presse.

Lactalis paie bien moins que la concurrence

Puis, vendredi matin, Lactalis a fait savoir qu'il augmentait le prix payé aux éleveurs laitiers de 15 euros pour chaque 1.000 litres de lait "dès le mois de septembre". Le groupe dirigé par Emmanuel Besnier dit "faire un effort supplémentaire" pour "tenir compte des réelles difficultés rencontrées par les producteurs de lait". Or, ce prix porte à 271 euros les mille litres de lait, alors que les représentants des éleveurs laitiers ont refusé dans la nuit de jeudi à vendredi un prix de 280 euros. Pas de quoi, donc, calmer la grogne des producteurs laitiers.

À 256,90 euros la tonne achetée en juillet, Lactalis se trouvait effectivement loin derrière le groupe Laïta et la société Silav (290 euros la tonne) ou encore la laiterie Saint-Père, filiale d'Intermarché, qui rémunère les éleveurs 300 euros les 1.000 litres.

De son côté, le gouvernement présentera mardi aux professionnels du secteur laitier le plan de régulation de la production française demandé par la Commission européenne en juillet, en contrepartie de nouvelles aides financières. "Ce plan a été préparé et discuté durant l'été dans ses modalités d'application", explique le communiqué du ministère de l'Agriculture.

"On ne partira pas"

En attendant de trouver un terrain d'entente, le blocus de Laval se poursuit. Tard dans la soirée près de 1.000 personnes s'étaient rassemblées sur le rond-point de la "honte du lait" entourées de près de 150 tracteurs. Peu avant 3h, vendredi, ils n'étaient plus qu'une trentaine d'agriculteurs à occuper dans le calme ce rond-point, entourés par trentaine de tracteurs. Une dizaine de CRS étaient a proximité. "On ne partira pas, il faudra que Lactalis cède", a affirmé le président des Jeunes agriculteurs (JA) de Mayenne, Jérémy Trémeau.

"On est déçus. Avec des personnes comme ça (de Lactalis, ndlr), on ne peut pas négocier. Il faut rester solidaires et se mobiliser", a confié dans la nuit Florian, un jeune Mayennais installé depuis six mois dans son exploitation. "Nous ne voulons pas être des assistés de l'État, nous voulons gagner un salaire correct avec un prix du lait correct", avait expliqué dans la journée Sylvie, une agricultrice de la Sarthe en contrat avec le groupe Bel (Vache qui rit).

Bridel, Lactel, Président...

Un producteur sur cinq en France travaille pour Lactalis soit 20% de la collecte française, ou 5 milliards de litres de lait collectés sur un total de 25 milliards produits annuellement en France.

Outre des marques très connues en France (Lactel, Bridel, Président, Lanquetot, Roquefort Société...), Lactalis est devenu un géant mondial en absorbant de nombreux groupes à l'étranger. Il est notamment présent en Italie depuis 2011 et son OPA hostile sur Parmalat, en Turquie et en Inde.

L'été dernier, les tables rondes s'étaient succédé pendant des semaines au ministère de l'Agriculture avant de parvenir à un accord sur les prix de la viande et du lait. Ce dernier n'a jamais été appliqué.

A.R. avec AFP