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Ces ingénieurs cultivent des tonnes de champignons et d'endives dans des parkings à Paris

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Deux trentenaires se sont lancés dans un projet fou: transformer des parkings souterrains en fermes urbaines. En un an, ils produisent déjà plus de 13 tonnes d'endives et de champignons par mois et leur société compte 17 salariés.

"Je ne me voyais pas passer ma vie le cul sur une chaise." Lorsqu'on interroge Jean-Noël Gertz sur la raison de sa reconversion dans l'agriculture urbaine, il n'y va pas par quatre chemin. Cet ingénieur thermique de formation qui se prédestinait à travailler dans des entreprises de climatisation ou de chauffage a abandonné ses stages pour se lancer dans la production d'endives et de champignons. "Je voulais faire quelque chose qui ait du sens pour moi et ça passait par l'agriculture, faire quelque chose de vraiment utile, nourrir les gens", explique le trentenaire.

Des cadres qui décident de plaquer leur prometteuse carrière, il y a en a de plus en plus. Mais le projet de Jean-Noël Gertz est pour le moins original: transformer des parkings en ferme urbaine. Pas vraiment un retour à la terre, plutôt un retour au bitume. "J'ai vu ce qui se faisait aux Etats-Unis ou les diverses initiatives en France de jardinage urbain sur les toits dans les grandes villes et ça m'a donné l'idée de m'attaquer aux sous-sols, explique-t-il. Il y a de plus en plus en plus de parking souterrains désaffectés dans les grandes villes car on sent bien que la voiture individuelle a moins d'avenir."

champignon
champignon © La Caverne

Originaire de Strasbourg, il se porte candidat en 2016 pour transformer une ancienne poudrière du centre ville en ferme urbaine. Problème: qu'est-ce qui peut bien pousser dans des sous-sols qui ne reçoivent jamais la lumière du jour? "Ça ne peut être que des plantes qui n'ont pas besoin du soleil donc qui n'ont pas de chlorophylle, détaille-t-il. C'est comme ça que nous sommes arrivés aux champignons et aux endives." Bio évidemment. Il rachète alors du matériel à d'anciens endiviers du nord de la France qui partent à la retraite et commence la production dans cette ancienne poudrière rebaptisée "le bunker comestible." Quelques centaines de kilos sont produits chaque mois et sont vendus à des restaurants, sur des marchés ou à travers des Amap.

Mais c'est en 2017 que le projet va prendre une autre dimension. La ville de Paris lance un appel d'offre pour transformer un parking souterrain de la Porte de la Chapelle dans le nord de la ville. Mais là ce n'est plus un petit local qu'il faut transformer en ferme mais pas moins de 9000 m², soit près d'un hectare. C'est lors d'une visite de parking que Jean-Noël Gertz rencontre Théophile Champagnat, jeune ingénieur agronome, qui va devenir son associé. Ensemble ils remportent l'appel d'offre de la ville, fondent la société La Caverne et commencent à transformer le parking géant en ferme souterraine. 

endives
endives © La Caverne

La production commence fin 2017 d'abord sur 3000 m². Les champignons poussent dans de gros cubes de pailles, les endives elles sur des bacs avec de l'eau claire. Le tout éclairé à la lumière artificielle. Le premier mois, la ferme parisienne produit 500 kg de champignons. Mais les associés commencent à embaucher des salariés (17 au total à ce jour) pour agrandir les capacités de production. Aujourd'hui, la ferme s'étend sur 3000 m² de parking et produit 3 tonnes de champignons (des shiitakes et des pleurotes qui sont les plus simples à cultiver) ainsi que 10 tonnes d'endives. Mais ce sera bientôt beaucoup plus puisque la structure s'apprête désormais à occuper les 9000 m² du parking. "Notre production atteindra alors 1 tonne par jour", assure Jean-Noël Gertz.

Jean-Noël Gertz, le co-fondateur de la Caverne et du bunker comestible à Strasbourg vend une partie de sa production sur les marchés.
Jean-Noël Gertz, le co-fondateur de la Caverne et du bunker comestible à Strasbourg vend une partie de sa production sur les marchés. © Bunker Comestible

Une production vendue dans le magasin d'une coopérative de producteurs, des épiceries bio parisiennes et quelques restaurants. Pas encore aux particuliers mais la société l'envisage à terme. Des produits entre 15 et 20 euros le kilo pour les champignons et entre 7 et 10 euros pour les endives. Un tarif plutôt élevé mais qui est dans les standards de prix des produits bio des épiceries parisiennes. 

Et les deux acolytes ne comptent pas s'arrêter là. Ils ont déjà dans le viseur un deuxième parking à transformer dans le XIXème arrondissement de Paris ainsi que des projets à Bordeaux, Lyon et Lille. Car à ce jour la société est rentable et ce malgré la main d'oeuvre plutôt conséquente. "Le plus cher c'est le coût du travail car on a décidé de très peu automatiser la production, reconnaît Jean-Noël Gertz. Mais c'est ça aussi l'esprit du projet, c'est de créer des emplois dans des quartiers défavorisés." Si avec ça vous n'aimez toujours pas les endives!

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco