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But va reprendre Conforama

Selon nos informations, les deux enseignes sont tombées d’accord pour s’allier et éviter une faillite de Conforama. Ses syndicats rencontrent ce mercredi les actionnaires de But. Une annonce officielle est attendue la semaine prochaine.

La négociation a été longue et douloureuse. Après plus de deux mois de tensions entre Conforama et But, les deux enseignes vont s’allier. Selon plusieurs sources proches du dossier, "les discussions avancent très bien" et vont, sauf rebondissement de dernière minute, déboucher sur un accord. Ce mercredi, les syndicats de Conforama rencontrent pour la deuxième fois les représentants des actionnaires de But. Ils s’étaient déjà entretenus avec Bertrand Lefort vendredi dernier. Le vice-président du groupe autrichien Lutz est bien connu puisqu’il a travaillé plus de quinze ans chez Conforama.

"Conforama France confirme envisager un adossement à Mobilux, l’actionnaire de But" assure la direction à BFM Business, tout en précisant qu’"aucun engagement ferme n’a été signé et que les discussions se poursuivent". Vendredi dernier, Conforama a exposé à ses salariés le projet de reprise proposé et négocié avec But. qui leur sera officiellement présenté mardi 23 juin lors d’un comité social et économique (ex-comité central d’entreprise) de Conforama. La signature de la transaction est attendue fin juillet et une finalisation de la reprise fin août.

Une alliance pour éviter la faillite

But prévoit de reprendre Conforama, ses 8.000 salariés et ses 165 magasins en France. Il s’est engagé à assumer et payer les 150 millions d’euros de factures auprès des fournisseurs, dont un tiers sont français. But s’est aussi engagé à financer le plan de départs de 1.900 salariés annoncé l’an passé dont le coût atteint 116 millions d’euros. Pour financer l’opération, il décrochera un prêt de 322 millions d’euros garanti par l’Etat que la banque BNP Paribas refusait d’octroyer à Conforama seul. Les actionnaires de But prévoient aussi d’injecter 200 millions d’euros pour rééquilibrer le bilan de l’enseigne.

But et Conforama ne seront pas fusionnés, en dehors des fonctions de gestion, financières et juridiques ainsi que les achats pour économiser sur les prix des fournisseurs. Sur ce point, But a multiplié les promesses auprès de la filière d’ameublement, au départ opposée à l’union de deux de ses plus gros clients. "But s’est engagé à garantir des volumes de commandes sur trois ans pour rassurer les fournisseurs qui préfèrent cette alliance plutôt que de prendre le risque de voir Conforama faire faillite" explique un représentant de la filière.

Haro sur les actionnaires de Conforama

Car le risque était devenu grand ces dernières semaines. Alors que les banques refusaient de prêter, malgré une garantie de l’Etat, les actionnaires de Conforama refusaient aussi de renflouer l’enseigne. Un bras de fer très dur s’est tenu depuis un mois entre les équipes de restructuration du ministère de l’Economie (Comité interministériel aux restructurations industrielles ou Ciri) et les actionnaires de Conforama. Ces neuf fonds d’investissement -dont Davidson Kempner, Silver Point, Centerbridge, Farrallon- sont les créanciers qui ont pris le contrôle, il y a deux ans, de Steinhoff, la maison-mère de Conforama.

Toutes les parties prenantes au dossier "s’indignaient du comportement de ces fonds", témoigne un protagoniste, qui ont transféré les "bijoux de Conforama" -l’immobilier et la marque- dans une société ad hoc (une fiducie) pour les conserver en cas de faillite. Une tactique extrême à laquelle les équipes de Bercy, "furieuses", épaulées par un administrateur judiciaire, répondaient qu’une "liquidation de Conforama n’aurait épargné personne et n’aurait pas laissé les fonds conserver les murs et la marque" ajoute cette source.

Démantèlement de Conforama

Après plusieurs semaines de tension, un accord a été trouvé, dans lequel les actionnaires de Conforama s’y retrouve très largement. Même s’ils concèdent à des abandons de créances, ils conservent dans leur giron les filiales espagnoles et suisse de Conforama qu’ils vendront rapidement. Les deux pépites du groupe qui valent, selon nos informations, plus de 400 millions d’euros.

Le groupe Conforama va ainsi être démantelé. Un processus que ses actionnaires avaient déjà lancé avant la crise. Début mars, ils étaient sur le point de vendre la branche espagnole de Conforama pour 220 millions d’euros au fonds OP Capita. Une vente qui a capoté lors du confinement alors qu’elle avait déjà soulevé une polémique en interne car l’un des dirigeants de ce fonds n’est autre que Frank Maassen, l’ancien patron de But entre 2013 et 2018.

Selon des sources internes, un repreneur aurait déjà été trouvé pour la filiale suisse. Près de dix ans après sa vente par PPR (ex-Kering) à Steinhoff, Conforama débute un nouveau cycle, recentré sur la France.