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Compétitivité : plus de 60 rapports en dix ans

Plus d'une soixantaine de rapports sur la compétitivité ont été rédigés depuis dix ans, dont une trentaine commandé par le gouvernement

Plus d'une soixantaine de rapports sur la compétitivité ont été rédigés depuis dix ans, dont une trentaine commandé par le gouvernement - -

Le rapport de Louis Gallois censé proposer des mesures à même de redonner des avantages concurrentiels à la France sera remis au gouvernement le 5 novembre. Mais il pourrait bien finir comme ses nombreux prédécesseurs : au fond d’un tiroir.

Le rapport de Louis Gallois sur la compétitivité de l’économie française ne doit être publié que le 5 novembre, et le gouvernement l’a quasiment déjà enterré. Mais que l’ancien patron d’EADS se console: son rapport ne sera pas le seul à aller directement caler les armoires de Bercy ou de l’Elysée.

Non il n’y a pas de problème de coût du travail en France, non il n’y aura pas de choc de compétitivité, non les membres du gouvernement ne sont pas favorables à un alourdissement des prélèvements, à écouter la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine dimanche soir sur BFM TV.

Plus de soixante rapports depuis 2000

Depuis que la compétitivité de la France a commencé à décrocher au début des années 2000, plus de soixante rapports ont été rédigés sur ce thème, autant d’expertises dont auraient pu s’inspirer nos gouvernements.

Ils émanent des organisations internationales qui se sont penchées sur le cas de la France, comme l’OCDE ou les institutions européennes par exemple. Ils proviennent aussi des think tanks, centres de recherches privés ou parapublics, comme l’OFCE, Rexecode, les chambres de commerce, l’institut Montaigne ou l’Institut de l’Entreprise. Certes, les gouvernements successifs ont pu considérer que ces rapports ne les engageaient pas, puisqu’ils n’en étaient en rien les commanditaires.

Une trentaine de commandes officielles

Mais le plus surprenant, c’est qu’une trentaine de ces travaux émanent de commandes officielles auprès d’institutions rattachées directement à Matignon, aux ministères, voire des ministères eux-mêmes ou du parlement.

Ainsi le Conseil d’Analyse économique, a traité le sujet près d’une dizaine de fois au sens strict (celles prises en compte ici); pas loin de quinze fois au sens large. Le Centre d’Analyse stratégique, anciennement commissariat général du Plan, a, lui, planché pas loin d’une dizaine de fois sur la thématique.

Quant à l’Assemblée nationale, elle a commandité pas plus tard qu’en 2011 une mission d'information sur la compétitivité de l'économie française et le financement de la protection sociale, réalisée par Bernard Accoyer, Pierre Méhaignerie et Jérôme Cahuzac.

L'insuffisance des ETI fait consensus

S’il fallait synthétiser les conclusions de ces rapports, on s’apercevrait qu’aucune tendance, de l’évolution du coût du travail à la fiscalité en passant l’effort de recherche et la formation des élites, la spécialisation sectorielle et géographique de nos entreprises, n’explique à elle seule l’effondrement de notre compétitivité.

La seule explication convaincante, il faut aller la chercher dans l’insuffisance de nos entreprises de taille intermédiaires. Nous font défaut les quelque 15 000 entreprises de 300 à 500 personnes qui nous donneraient les 3 à 4 millions d’emplois qui nous manquent, et suffisamment grosses pour développer des produits innovants et une offre industrielle compétitive…

Emmanuel Lechypre