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Comment l'Allemagne peut être à la fois plus chère et plus compétitive que la France

L'Allemagne bénéficie de la qualité de ses produits

L'Allemagne bénéficie de la qualité de ses produits - Patrick Stollarz - AFP

Une enquête menée par le think tank libéral Coe-Rexecode montre que les produits allemands manufacturiers sont plus chers que leurs équivalents français mais s'exportent pourtant mieux. C'est que la qualité entre également en ligne de compte.

Les chiffres du commerce extérieur français ne sont pas encore connus. Mais encore une fois, il est certain qu'ils feront encore pâle figure face à l'Allemagne qui a elle d'ores et déjà annoncé des exportations en hausse de 5,4% et un excédent de la balance de biens et services de plus de 235 milliards d'euros.

La compétitivité française est souvent pointée du doigt pour justifier les performances moins reluisantes de l'Hexagone face à sa voisine d'outre-Rhin. Pour autant, il ne faut pas croire que la problématique tienne uniquement au coût du travail, comme a parfois tendance à le faire remarquer Pierre Gattaz.

La France moins chère que l'Allemagne

Au contraire, selon une étude du Coe-Rexecode publiée jeudi 4 février, le coût d'une heure de travail français dans l'industrie manufacturière, c'est-à-dire le secteur qui exporte, est aujourd'hui inférieur à celui de l'Allemagne, à 37,3 euros contre 39,1 euros pour notre voisine d'outre-Rhin.

Ce qui est évidemment dû aux effets positifs du pacte de responsabilité et du CICE (crédit d'impôt compétitivité pour l'emploi). Selon le Coe-Rexecode, ces dispositifs ont permis d'alléger le coût du travail de 1,3% en 2014 et 0,9% en 2015. Et pourtant l'Allemagne continue de glaner des parts de marché (voir graphe) , à un peu plus de 32% quand la France stagne à un peu plus de 12%.

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Tout cela pour dire que la compétitivité coût n'est qu'un élément et que de nombreux autres éléments entrent en ligne de compte. C'est ce que démontre l'enquête menée par le Coe-Rexecode avec TNS Sofres qui a interrogé 477 entreprises importatrices.

L'étude demande l'avis des responsables achats de ces sociétés sur le prix mais aussi d'autres critères (notoriété, qualité etc…) de différents biens provenant de 11 pays dont l'Allemagne, l'Italie mais aussi les États-Unis et la Chine. Les biens en question sont des biens dits intermédiaires (chimie, caoutchouc, textile), d'équipements mécaniques (machines-outils, turbines) et d'équipements électriques (informatique, télécoms).

À chaque fois, les répondants ont donné un classement pour chaque type de bien et chaque pays, selon les critères. Le rang va de 1 à 11, puisqu'il y a onze pays classés. Comme le résume le tableau ci-dessous, la France devance l'Allemagne sur un seul et unique critère: le prix.

Deutsche Qualität

L'Hexagone est en effet mieux classé pour les biens intermédiaires et les biens d'équipements, et juste derrière pour les biens d'équipements électriques. Mais en revanche sur tous les critères "hors prix", l'Allemagne se situe devant la France et est même première parmi tous les pays de l'enquête. "La qualité des produits allemands permet de pratiquer des prix plus élevés", notent les auteurs de l'étude.

En fait, les biens allemands ont une qualité telle que la demande varie assez peu en fonction du prix. C'est ce que montrait déjà une étude du Trésor de janvier 2014. "En Allemagne, pays relativement peu sensible au prix, nous observons une amélioration notable de sa performance à l'exportation qui semble provenir d'une amélioration de sa compétitivité- hors prix", expliquait alors le Trésor.

Il n'est toutefois possible de s'affranchir du prix que si les produits du pays sont haut de gamme. "Le positionnement unique au monde de l’Allemagne sur le 'haut de gamme' pour la quasi-totalité de sa production industrielle lui permet de pratiquer des prix élevés", affirmait déjà une étude de l'l'Observatoire des politiques économiques en Europe de l'Université de Strasbourg en 2012.

Ce qui n'est pas le cas des biens français. Selon l'étude du Coe-Rexecode, ils se situent au milieu du peloton pour la compétitivité hors-prix, et dans les derniers rangs pour les prix. En conséquence, le Coe-Rexecode conseille aux entreprises tricolores de profiter de l'amélioration actuelle de leurs marges pour d'une part diminuer les prix de leurs biens et d'autre part d'investir pour "gagner en compétitivité hors prix".

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