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Chute historique du PIB français au 2e trimestre, la consommation patine

Le drapeau français flottant au-dessus du palais de l'Elysée, ici le 30 janvier 2013.

Le drapeau français flottant au-dessus du palais de l'Elysée, ici le 30 janvier 2013. - Patrick Kovarik - AFP

La France qui entre donc officiellement en récession fait moins bien que la zone euro et que l'Allemagne.

C'est un effondrement inédit depuis 1949. Au deuxième trimestre, le PIB français a reculé de 13,8% confirme l'Insee, en raison du confinement qui a conduit les Français à fortement épargner, au détriment de la consommation.

Après un recul du PIB de 5,9% entre janvier et mars, la France est donc officiellement entrée en récession à l'issue du premier semestre.

Si la levée progressive des restrictions a conduit à "une reprise graduelle de l'activité économique aux mois de mai puis de juin, après le point bas atteint en avril", le trimestre porte les stigmates de l'obligation imposée aux Français de rester chez eux: les dépenses de consommation ont ainsi chuté de 11,5%.

100 milliards d'épargne d'ici la fin 2020

Après avoir bondi à la sortie du confinement (+35,5% en mai et +10,3% en juin), les achats se sont stabilisés en juillet (+0,5%), malgré les appels du gouvernement à consommer.

La consommation des ménages retrouve ainsi "quasiment" son niveau de novembre 2019, selon l'Insee, mais "on n'a pas eu de véritable rattrapage, au sens où on continue d'accumuler des pertes", selon Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et Prévision de l'OFCE. Dès lors, "on ne peut pas parler de reprise, mais d'un simple rebond" de l'activité.

Cette frilosité à dépenser, alors que les revenus ont été préservés par les mesures de chômage partiel, se mesure au gonflement de l'épargne, dont le taux a augmenté de 12 points pour s'établir à 27,4% au deuxième trimestre. Entre mars et la fin de l'année, les Français auront mis de côté environ 100 milliards d'euros.

Parce que le confinement y a été plus strict et en raison de la spécialisation sectorielle de l'économie (tourisme et aéronautique), la France fait moins bien que l'ensemble de la zone euro (-12,1%) et a fortiori que l'Allemagne, où le recul est limité à 10,1%. Mais l'Espagne a subi un recul de 18,5% et le Royaume-Uni de 20,4%.

Des prévisions de -9 à -11% pour 2020

Pour 2020, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a confirmé la prévision du gouvernement d'une contraction du PIB de 11%, alors que l'Insee table sur -9%. Cette prudence s'explique notamment par "beaucoup d'incertitudes internationales", a-t-il justifié, citant le Brexit, l'élection présidentielle américaine et le futur plan quinquennal chinois.

Sur BFM Business, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France dit tabler sur -10%. "En gros, (...) la reprise se passe à peu près selon nos prévisions et donc, vu d'aujourd'hui, il n'y a pas de raison de penser que les chiffres vont changer significativement", a-t-il dit.

"Mais 2020 pourrait être un peu meilleur que prévu", ajoute-t-il sans donner de précisions, évoquant une reprise "en aile d'oiseau", "et que du coup, mécaniquement, le rebond sur 2021, 2022 soit un peu moins fort que prévu".

La Banque de France table sur +7% en 2021 et +4% en 2022. Le gouverneur s'est également alarmé du niveau de la dette qui atteindra 120% du PIB fin 2020.

Olivier Chicheportiche avec AFP