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Cette usine bretonne de masques de protection, fermée en 2018, qui fait cruellement défaut à la France

La firme américaine Honeywell a fermé en 2018 son site de fabrication de masques de protection en France dans les Côtes d'Armor. À la suite de l'épidémie du virus H1N1 en 2009, ce site produisait des dizaines de millions d'unités l'an, dont les modèles FFP2 qui manquent actuellement aux soignants. Un ancien directeur de l'usine estime, sur BFMTV, possible de relancer la production, même si cela prendra au moins 9 mois.

La désindustrialisation de la France a bien eu des conséquences directes sur la pénurie de masques de protection respiratoires qui font défaut au pays. En témoigne l'édifiante histoire de la fermeture en 2018 de l'usine Honeywell, située à Plaintel (Côtes d'Armor). Il s'y fabriquait en abondance ces produits que la France est contrainte d'importer par centaines de millions dans l'urgence en pleine pandémie de covid-19.

"Sa production était de 200 millions de masques par an, soit près de 20 millions par mois, fabriqués sur des machines ultra-modernes pouvant produire chacune 4000 masques à l'heure" déplore le syndicat Solidaires des Côtes d'Armor sur son compte Facebook.

Épidémie H1N1: des millions de commandes en 2009

L'usine avait notamment fait monter sa production en puissance pour satisfaire les commandes publiques passées lors de l'épidémie du virus H1N1 en 2009. Mais celles-ci se sont arrêtées dès 2011, les salariés du site subissant par la suite plusieurs plans sociaux.

La production avait été en partie délocalisée en Chine en 2009, pour faire face à l'afflux de commande. "Lorsque le groupe Honeywell a racheté le site en 2010, il n'a pas voulu rapatrier cette production de Chine sur Plaintel. C'est ce qui a provoqué le déclin de l'usine pour en arriver à sa fermeture en 2018" explique sur BFMTV, l'ancien directeur du site, Jean-Jacques Fuan de 1991 à 2006.

La décision de fermeture est annoncée par la filiale française en mai 2018: "après un examen approfondi, Honeywell propose de cesser la fabrication de son usine de produits de sécurité industrielle à Plaintel, en France, et de fermer le site. La fabrication sera transférée vers un autre site pour rationaliser nos opérations mondiales et mieux servir nos clients."

Des machines mises au rebut dans une déchetterie

En novembre 2018, huit des machines du site ont été ensuite mises au rebut, Honeywell s'en débarrassant auprès d'une déchetterie située à proximité, dénonce le syndicat Solidaires 22. La fabrication est en partie transférée dans un autre pays, la Tunisie en l'occurrence.

Les sections syndicales CGT et CFDT avaient à l'époque été jusqu'à s'adresser au président Emmanuel Macron et au ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, en vain. "Aujourd'hui le retour au réel est cruel" ajoute Solidaires 22.

La fermeture de l'usine de Plaintel est aussi stigmatisée par Jean-Jacques Fuan, ex-directeur du site de 1991 à 2006, qui précise, dans Le Télégramme, que ces machines "avaient été fortement subventionnées par l’État pour produire des dizaines de millions de masques, lors de l’épidémie de H1N1 en 2009".

Parmi les masques produits sur le site figurait le masque FFP2 pliable, au niveau de protection élevée, qui fait cruellement défaut aux personnels soignants aujourd'hui en pleine pandémie.

Serait-il possible de faire repartir dans l'urgence le site industriel breton? L'ancien directeur de l'usine a accepté de conduire un groupe de réflexion et d'envisager de reprendre la production de masques sur le territoire de Saint-Brieuc. 

La production pourrait démarrer d'ici 9 à 18 mois

"Les probabilités de réussite sont fortes en particulier avec le soutien des pouvoirs publics. Il y a de bonnes chances de pouvoir redémarrer une production mais c'est une question de 9 à 18 mois" assure l'ex-directeur du site.

"Cela correspondra aussi à un besoin car quatre usines de production de masques ne suffiront pas à couvrir tous les besoins. Les masques de protection respiratoires font partie de ce qu'on appelle les équipements de protection individuelle. Les besoins se font sentir dans plein d'industries, ce qui fait qu'il y a largement un potentiel de développement" conclut Jean-Jacques Fuan sur BFMTV.

Frédéric Bergé