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Bijoux, coiffeurs, ciné... Ce que les Français ont sacrifié avec la crise

Les François ont rogné dans les dépenses d'habillement

Les François ont rogné dans les dépenses d'habillement - Philippe Huguen - AFP

Depuis 2008, les ménages ont dû faire avec une baisse de leur pouvoir d'achat et arbitrer ainsi dans leurs dépenses de consommation. Certains secteurs d'activité en ont donc bien plus souffert que d'autres, comme le relève l'Insee.

C'est une lapalissade: avec la crise les Français ont dû se serrer la ceinture. Ce qui a évidemment eu un impact sur la consommation. Depuis 2008, la consommation des ménages a ainsi augmenté moins vite que la population française. "Cela n'était jamais arrivé auparavant, à l'exception de trois années: 1984, 1991, 1993 et à chaque fois il y a un eu un rebond ensuite. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", souligne Nathalie Morer, chef de la section Consommation des ménages de l'Insee.

Ainsi "la dépense en unité de consommation", en clair la consommation pour chaque Français, a diminué chaque année depuis 2008, sauf en 2010 et 2014, où elle était quasi-nulle.

Les Français ont donc rogné dans leur dépenses pour s'adapter à une mauvaise conjoncture qui a mis à mal leur pouvoir d'achat (+0,7% sur la période 2008-2014 contre 2,3% sur 2001-2007).

Dépenses incompressibles

Mais, comme le révèle une étude de l'Insee publiée ce vendredi 12 juin, les ménages n'ont pas coupé partout et ont ainsi arbitré leurs dépenses selon l'importance des postes ou les aides dont ils disposent.

Premièrement, il est des dépenses incompressibles. C'est le cas de l'alimentaire et du logement qui "répondent à des besoins de dépenses primaires" et "peuvent être difficilement ajustées, au moins à court-terme", souligne l'institut de conjoncture.

Ainsi les dépenses alimentaires ont progressé au même rythme avant et après la crise (0,4% en moyenne par an). Quant au logement (loyers, chauffages, électricité, meubles) l'Insee note que ce poste constitue désormais le quart des dépenses des Français, soit plus qu'en 2001 et 2007. "Cela reflète notamment l'évolution des prix de l'énergie: les dépenses de chauffages augmentent traduisant la hausse des prix du gaz et du fioul domestique", complète Nathalie Morer.

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- © Insee

Autres postes épargnés par la crise, les dépenses de santé. Pour une raison très simple: une grande partie est prise charge par la Sécu. Les dépenses en volume n'ont ainsi que légèrement faibli (+2,8% de moyenne sur la période 2008-2014, contre +3,4 en 2001-2007).

Voitures, ciné, restaurants

Mais en éliminant ces deux cas de figure bien spécifiques, les Français ont en revanche clairement taillé dans les autres dépenses. Les biens d'équipement durables ou encore les loisirs ont particulièrement souffert. Le chiffre est saisissant pour les achats de voitures: -2,7% par an en moyenne sur la période 2008-2014, contre +1,2% sur 2001-2007. Comme l'explique l'Insee il s'agit d'une dépense conséquente et "facilement reportable".

Et au-delà des véhicules à proprement parler, c'est l'ensemble des services et achats automobiles (carburant, essence, réparations, entretien) qui ont chuté, en grande partie à cause de la hausse des prix de ces biens et services.

Toujours au chapitre des biens qu'on qualifie de durables et semi-durables, les Français se sont montré moins coquets, en renouvelant moins souvent leur garde-robe. Ainsi les dépenses d'habillement baissent de 1,1% en moyenne sur la période 2008-2014, la chute étant un peu moins lourde pour les chaussures (-0,7%). Les bijoux (-6,8%) ont été particulièrement affectés à cause de la hausse des cours de l'or. De même pour les salons de coiffure et instituts de beauté (-0,8%), qu'ils fréquentent moins assidûment

Pour ce qui est des loisirs en général, l'Insee note que les dépenses n'ont pas à proprement parler baisser mais qu'elles ont subi un sérieux coup de frein (+1,2% de moyenne sur 2008-2014 contre +5% en 2001-2007). Et l'analyse détaillé montre des faits saisissants: sont frappées de plein fouet, la restauration en recul de 1,1% et la Culture (théâtres, musées, cinémas...) qui baisse de 3,8%.

Les biens culturels (CD, DVD) sont évidemment impactés par l'essor d'Internet et des services payants ou gratuits. Enfin "les ménages réduisent leur consommation liée aux activités touristiques. Ils privilégient davantage les campings plutôt que les hôtels", explique l'Insee.

Reste à savoir si ces tendances ne commencent pas à prendre fin. L'Insee considère en effet que 2014 a été "une année transition" pour la consommation, marquant notamment un rebond des achats de voitures et d'habillement. Et le premier trimestre 2015 a été globalement plutôt encourageant...