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À quoi ressembleront le travail et les emplois en Europe dans dix ans?

A cause de la crise du Covid-19, près de 59 millions d'emplois européens, soit 26% du total, sont menacés à court terme par le des réductions d'heures ou de salaire, des congés temporaires ou des licenciements permanents, estime le rapport de McKinsey.

A cause de la crise du Covid-19, près de 59 millions d'emplois européens, soit 26% du total, sont menacés à court terme par le des réductions d'heures ou de salaire, des congés temporaires ou des licenciements permanents, estime le rapport de McKinsey. - LOIC VENANCE © 2019 AFP

Un rapport du cabinet McKinsey anticipe les changements qui affecteront nos emplois d'ici 2030, principalement du fait de l'automatisation qui concernera 53 millions d'emplois d'ici 10 ans,

Le travail va être profondément bouleversé dans les dix ans qui viennent. Dans un rapport récent, intitulé "The future of work in Europe", le cabinet Mc Kinsey dresse un panorama prospectif de la façon dont les emplois devraient évoluer, en Europe, et des compétences qui seront exigées en 2030.

Réalisée avant la pandémie qui secoue l'économie mondiale, cette analyse tient aussi compte des conséquences sur l'emploi de la crise actuelle.

Les consultants de Mc Kinsey estiment ainsi que "près de 59 millions d'emplois européens, soit 26% du total, sont menacés à court terme par des réductions d'heures ou de salaires, des congés temporaires ou des licenciements permanents" en raison de l'impact du Covid-19.

Une fois les économies des pays développés reparties, "il y aura un déséquilibre sur le marché du travail avec une forte demande en compétences qualifiées non pourvus et des emplois peu qualifiés restant mais fortement automatisés", prédit le cabinet de conseil, pour qui il demeurera difficile de faire coïncider l'offre et la demande de travail.

Les emplois occupés par les plus jeunes menacés par la crise due au Covid

L'étude fait le lien entre la crise actuelle de l'emploi et les tendances de long terme qui exerceront une influence sur le marché du travail. Elle prévoit un important chevauchement entre les emplois menacés en raison de Covid-19 à court terme et les emplois remis en cause par l'automatisation, à plus long terme. C'est le cas des jeunes travailleurs de 15 à 24 ans du fait des types d'emploi qu'ils occupent en début de carrière -caissiers et serveurs, notamment- qui sont à la fois hautement automatisables et menacés à court terme par la pandémie.

Environ 53 millions d'emplois seront concernés en Europe par l'automatisation en 2030, soit environ 22%. Les emplois les plus concernés par le risque d'automatisation sont également les plus exposés dans le contexte de la crise liée au coronavirus, en particulier dans la distribution.

L'emploi sera plus concentré géographiquement

Des emplois seront même automatisés à 95% d'ici 10 ans. Cette tendance concerne surtout le travail peu qualifié, dans l’industrie manufacturière, mais aussi la distribution, l’hôtellerie et la restauration, selon le cabinet McKinsey. Ce qui renforcera, de fait, la valeur des diplômes et une requalification de la population active.

L'un des autres enseignements de l'étude est que l'emploi sera de plus en plus concentré géographiquement: d'ici 2030, 48 villes en Europe (Paris, Londres, Stockholm, Milan, Lyon-Grenoble, Rennes, Toulouse, ect.) vont capter 50% des emplois contre 35% durant la dernière décennie.

L'offre de main d'oeuvre va diminuer

L'offre de main d'oeuvre va se restreindre d'ici à 2030, notamment parce que, du fait du vieillissement général, la population âge de travailler va diminuer de 4% soit 13,5 millions de travailleurs potentiels en moins. La tendance à la réduction du temps de travail devrait avoir un effet de moindre ampleur. Les experts de McKinesey l'évalue à 2%.

Les compétences utiles sur le marché du travail seront également bouleversées : d'ici 2030, 94 millions de travailleurs devront suivre des formations spécifiques pour s'adapter à l'usage des technologies pour conserver leur profession. Dans le même temps, 21 millions de travailleurs devront changer d'activité professionnelle.

Enfin, les compétences technologiques seront beaucoup plus importantes. Ce sera aussi le cas des compétences sociales et émotionnelles ou des compétences cognitives avancées ("je sais persuader, convaincre") au détriment des compétences manuelles et techniques, qui seront moins demandées.

Frédéric Bergé