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Crypto-krach: Comment sécuriser au mieux ses cryptomonnaies

Certains Français, qui avaient placé leurs cryptomonnaies sur des plateformes se retrouvent dans l'impossibilité de récupérer leurs fonds. Comment sécuriser au mieux ses cryptomonnaies?

Celsius, Finblox, Babel Finance… Depuis le crypto-krach, de plus en plus de sociétés ont pris des décisions radicales vis-à-vis des fonds cryptos de leurs utilisateurs. Un principe qui va à l'encontre de la philosophie du secteur.

Lundi dernier, la plateforme de prêts Celsius a annoncé à ses 1,7 millions d’utilisateurs qu’ils ne pouvaient plus ni retirer ni transférer leurs fonds cryptos. La situation est loin d’être réglée, la société ayant expliqué lundi qu’elle avait besoin de "plus de temps" pour résoudre cette situation. De son côté, Finblox a aussi pris une série de mesures contraignantes pour ses utilisateurs. Vendredi, la plateforme Babel Finance a également annoncé suspendre les retraits et les rachats de cryptomonnaies sur sa plateforme, dans un contexte tension sur le marché crypto.

Les conséquences sont les mêmes: les utilisateurs qui avaient misé sur ses sociétés se retrouvent actuellement dans l’impossibilité d'agir ou de récupérer leurs fonds, et n’ont aucune certitude de pouvoir les récupérer un jour.

A ce jour, il n’existe pas beaucoup de méthodes pour stocker (ou sécuriser) ses cryptomonnaies: il faut soit passer par des plateformes centralisées, soit protéger soi-même ses cryptomonnaies (sur un portefeuille physique).

Stocker sur une plateforme: une facilité d'accès, mais un risque plus grand

La première option est de faire comme avec un intermédiaire financier classique, c'est à dire de faire confiance à une plateforme pour s'occuper de la gestion de ses cryptomonnaies. Cela va des grosses plateformes d'échanges de cryptomonnaies dites CEX (pour "centralised exchange") du type Binance, Coinbase, FTX ou encore Kraken aux plateformes de prêts dans la finance décentralisée (DeFi) du type Celsius, BlockFi, Finblox...

"C'est la méthode la plus proche des habitudes que l'on peut avoir avec son partenaire bancaire habituel: on se connecte avec un mot de passe à son compte en ligne, et on gère ses fonds via ce tiers de confiance", explique à BFM Crypto Alexandre Stachtchenko, cofondateur de Blockchain Partner et directeur blockchain et cryptos chez KPMG.

L’avantage des CEX reste avant tout la facilité, à la fois d'accès et d'utilisation pour des services, comme l'achat-vente.

"Cependant, le prix à payer est une dépendance vis-à-vis de ce tiers de confiance: comme dans la finance traditionnelle, si ce tiers de confiance fait faillite, ou décide de suspendre l'accès à votre argent, il le peut. Mais à l'inverse de la finance traditionnelle, ce monde est aujourd'hui moins encadré, et les possibilités de recours face à ces méthodes parfois arbitraires sont limitées. C'est donc un risque dont il faut avoir conscience", souligne Alexandre Stachtchenko.

En effet, toutes les plateformes ne se valent pas.

"Si vous choisissez de faire confiance à un acteur centralisé pour votre épargne de long terme, ou pour générer des rendements, alors il convient d'être extrêmement vigilant sur la solidité de cet acteur. La plupart sont jeunes, mal capitalisés, et leurs stratégies d'investissement sont complètement opaques. Si elles sont capables de vous faire miroiter des rendements démesurés, ce qui peut fonctionner en marché haussier, attention au retournement actuel qui peut exposer leur faiblesse et conduire à des faillites", souligne ce dernier.

Les recours des Français restent limités

De fait, pour les Français, les recours pour récupérer ses fonds en cas d'annonces de gels de certaines sociétés sont limités.

"Ces plateformes ont rarement leur siège ou un bureau en France. Il s'agit plus d'une question de confiance que d'une question de capacité juridique à effectuer un retrait: un gel des retraits par n'importe quelle grande plateforme reviendrait à avouer son insolvabilité, ce qui serait désastreux pour elle", explique à BFM Crypto Victor Charpiat, ancien crypto-avocat qui a lancé une fintech dans ce secteur.

De même, toutes les sociétés ont fait en sorte de se protéger face aux recours des utilisateurs, comme l'explique un article du Figaro. La société Celsius s’est ainsi "prémunie d’obligation de rembourser ses clients en cas de faillite ou de manque de liquidités". De même, les grosses plateformes du type Coinbase et Binance "soulignent les risques associés aux investissements aux cryptomonnaies et se prémunissent de tout recours en cas de faille technique sur leurs services, de piratage, de chute brutale du cours des actifs qu'elles hébergent ou d'insolvabilité", rapporte Le Figaro.

Pour autant, peut-on s'attendre au même scénario que Celsius pour les grosses plateformes d'échanges centralisées? Malgré certains signaux alarmants du côté de Coinbase (avec ses nombreux licenciements), il reste peu probable qu'elles connaissent une situation similaire à Celsius ou Finblox.

"Cela me semble très peu probable car tout gel des retraits serait interprété comme un début d'insolvabilité, ce qui causerait la panique de tous les clients Ces dernières ne réinvestissent pas ou peu les fonds de leurs clients, à l’exception de Binance pour certains produits. D’autres part, les traders et les institutionnels ont un besoin vital d'utiliser ces plateformes car c'est là que se trouve la liquidité", considère Victor Charpiat.

Les hardware wallets, meilleure solution mais complexité du modèle

L'autre méthode pour sécuriser ou stocker ses cryptomonnaies est bien différente des plateforme centralisées. Un utilisateur peut ainsi choisir de stocker ses cryptomonnaies sur un portefeuille dit "cold wallet".

"Il s'agit de sécuriser soi-même ses cryptos, d'être sa propre banque en somme. Concrètement, cela veut dire que l'on va détenir seul les accès à ses cryptos, poursuit Alexandre Stachtchenko.

Le contexte actuel de méfiance vis-à-vis de certaines plateformes semble donc profiter aux acteurs proposant ce type de service, à l'instar de la licorne française Ledger ou encore de Trezor. Avec ce type de méthode, la clé privé d'un utilisateur reste dans le hardware wallet (une clé USB physique) sans être visible sur le réseau.

Un membre de Ledger a confirmé à BFM Crypto que la courbe des ventes des portefeuilles dits "nano" a brusquement augmenté il y a quelques jours. Jusqu’à présent, Ledger a vendu plus de 5 millions de portefeuilles nano.

L'avantage de ce type de méthode reste l'indépendance et l'incensurabilité.

"Personne ne peut prendre le contrôle sur vos fonds. Mais le prix à payer est tout simplement une responsabilité accrue: vous avez en charge la sécurité de votre argent, et il n'y a pas de deuxième chance. Si vous vous faites voler votre clé, si vous la perdez, etc. votre argent est perdu définitivement. Et personne ne pourra vous le rendre", précise ce dernier.

Néanmoins, les détenteurs de portefeuilles nano peuvent faire face à de nombreuses arnarques par hameçonnage, demandant aussi une grande vigilance. "Les escrocs vous demanderont de télécharger une fausse application Ledger Live, qui va déclencher une transaction sur votre Nano. Vous devez absolument refuser cette transaction", prévient la société.

Diversifier et bien se renseigner

Les options pour stocker ou sécuriser ses cryptomonnaies ont donc chacune des avantages et des inconvénients.

"Le mieux est donc en général, comme souvent, de diversifier et de bien se renseigner. L'argent dont on a besoin au quotidien, où sur lequel on veut effectuer des opérations régulièrement, peut être détenu sur une plateforme tierce par facilité. Si l'on dispose d'un patrimoine un peu plus important en crypto, il faut envisager de détenir soi-même cet argent, et de mettre en place les bonnes pratiques de sécurité", souligne Alexandre Stachtchenko.

Or, dans le cas de la situation actuelle avec Celsius, les utilisateurs sont face à un tiers qui a unilatéralement décidé de bloquer leurs fonds afin de préserver sa propre solvabilité. "Pour éviter ce type de situations, le mieux est de diversifier ses espaces de stockage de cryptos (plateformes et hardware)", ajoute-t-il.

Pauline Armandet