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Coronavirus: la pollution aux particules fines a-t-elle favorisé la contagion en Italie?

La pollution visible au-dessus de Milan (Lombardie).

La pollution visible au-dessus de Milan (Lombardie). - Migeul Medina - AFP

Dans un article scientifique, des chercheurs italiens mettent en avant un possible lien entre les niveaux de particule fines et la propagation de l’épidémie.

La pollution aux particules fines accélérerait-elle la propagation de l’épidémie de coronavirus? C’est l’hypothèse soulevée par des chercheurs italiens. Dans un article scientifique paru la semaine dernière, ces douze chercheurs des universités de Bari, Milan, Bologne et de la Société italienne de médecine environnementale mettent en avant un possible lien de causalité entre la propagation de l’épidémie et le niveau de pollution aux particules fines relevé fin février dans le nord de l’Italie, une région très touchée par le covid-19. En transportant le virus, les particules fines "exerceraient un effet porteur et boosteur", résument les chercheurs.

"Une impulsion à la propagation de l'épidémie"

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont comparé les taux de pollution aux particules PM2,5 et PM10 relevés par les agences régionales de la protection environnementale et les taux de contamination au covid-19 des populations concernées.

"Ces analyses semblent démontrer que, par rapport à la période du 10 au 29 février, des concentrations élevées au-dessus de la limite des PM10 dans certaines provinces du nord de l'Italie peuvent avoir exercé une action de boost, c'est-à-dire une impulsion à la propagation virulente de l'épidémie dans la vallée du Pô ce qui n'a pas été observé dans d'autres régions d'Italie qui ont connu des cas de contagion au cours de la même période, écrivent les chercheurs. À cet égard, le cas de Rome est emblématique où la présence de contagions s'est manifestée au même moment que les régions du Pô sans toutefois déclencher un phénomène aussi virulent".

Des études antérieures sur d'autres virus

Au delà des corrélations statistiques, ces chercheurs s’appuient sur différentes études scientifiques parues depuis une dizaine d’années, qui montrent les relations d’autres virus respiratoires avec les particules fines et ultra-fines, ces dernières devenant des vecteurs.

"Les virus de la grippe, de la bronchiolite ou encore du Sras peuvent se transmettre entre individus via de grosses gouttelettes, par la toux, les éternuements, les postillons par exemple, mais ils peuvent aussi adopter une forme aérosol, nous explique le docteur Thomas Bourdrel, membre fondateur du Collectif Air-Santé-Climat, qui regroupe des spécialistes de la pollution et des médecins de différentes spécialités. Sous cette forme aérosol, ces virus peuvent s’agréger à des particules fines dans l’air, et rester ainsi en suspension pendant plusieurs heures".

C’est ce que les chercheurs italiens supposent avec le covid-19. En clair, les particules auraient pu transporter le virus pendant les jours de forte pollution observés dans le nord de l'Italie.

Le confinement entraîne la baisse de la pollution

Suite à cet article paru en Italie, plusieurs organismes comme l’Anses se montrent prudents sur le lien de causalité entre pollution et propagation du virus mis en évidence par les chercheurs italiens. Le confinement des populations ces dernières semaines a plutôt eu tendance à faire diminuer la pollution atmosphérique, comme l’ont montré des images satellite venues notamment de Chine.

Cette dissipation prend parfois du temps, comme le montrait la situation en Ile-de-France la semaine dernièreMais le site Reporterre évoque ainsi des niveaux de particules fines de 20 à 30% inférieurs dans les régions chinoises de Pékin et Wuhan par rapport à un mois de février classique.

La pollution pèse sur les organismes

"Cet article scientifique émet une hypothèse forte, la relation entre pollution atmosphérique et épidémie est statistiquement significative, nous confie Isabella Annesi-Maesano, directeur de recherche à l’Inserm, et également membre du Collectif Air-Santé-Climat. Un premier mécanisme est bien connu, c’est que la pollution abîme les muqueuses des voies aériennes. Abîmées, elles sont moins robustes et laissent pénétrer le virus. Mais le virus pourrait se retrouver aussi dans la pollution de l'air, mélangé aux particules de petite taille. La pollution est donc un co-facteur a minima".

Pour cette chercheuse, en plus de limiter les contacts rapprochés entre les citoyens, chacun devrait porter un masque de type chirurgical pour diminuer tout risque de transmission du virus, via la gouttelettes type éternuements ou postillons mais aussi une potentielle transmission sous une forme aérosol, en lien avec les particules présentes dans l’air.

Aucune donnée ou étude ne démontre actuellement que le covid-19 se propage sous une forme aérosol. Le principal risque de propagation reste pour le moment via les gouttelettes. "Le principe de précaution est inscrit dans la Constitution française", ajoute Isabella Annesi-Maesano.

Le collectif a envoyé ce lundi une lettre à tous les préfets pour demander la limitation de l’épandage dans les départements français. Comme l’industrie ou les transports, cet épandage agricole génère des particules fines. "Nous ne voulons pas créer de climat anxiogène, poursuit le docteur Thomas Bourdrel. Mais nous voulons alerter et limiter les émissions de particules fines qui pourraient aggraver la situation".

Pauline Ducamp