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Un projet de loi anti-pédophilie menace le chiffrement des échanges confidentiels

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Si le texte est adopté, les plateformes comme Facebook ou Twitter devront offrir un accès aux forces de l’ordre souhaitant accéder à des conversations privées.

Les grandes plateformes doivent-elles donner accès aux autorités aux échanges chiffrés pour combattre la pédophilie, au risque que ces "portes dérobées" ne soient utilisées par des hackers ou des dictatures? Un projet de loi relance ce débat entre le gouvernement américain et le secteur des technologies.

Menaces de poursuites

Des sénateurs ont introduit une proposition de loi pour forcer les entreprises de l'internet à renforcer la protection des mineurs vis-à-vis des prédateurs sexuels. Le texte, présenté jeudi par des élus des deux partis, conditionne l'immunité des plateformes - considérées comme des hébergeurs et non des éditeurs, elles ne sont pas responsables de ce que leurs utilisateurs postent en ligne - à l'accès aux contenus chiffrés, comme les conversations privées, pour les forces de l'ordre.

Si la "EARN IT Act" ("Loi mérite-la") est adoptée, les réseaux sociaux pourraient perdre cette immunité, et être poursuivis en cas de diffusion de contenus illégaux. Facebook, notamment, est dans le viseur de nombreux responsables politiques dans le monde. Ils souhaitent que la justice de leur pays puisse récupérer les e-mails, messages instantanés et photos échangés, essentiels dans le cadre d'enquêtes criminelles.

Mais le réseau social a décidé de chiffrer certaines de ses plateformes, à l’image de sa messagerie WhatsApp, sans garantir d'accès aux autorités, afin de mieux assurer la confidentialité des utilisateurs, y compris des militants politiques.

Mercredi, le géant des sites et applications de rencontres Match Group (Tinder, OKCupid...) a au contraire annoncé soutenir la proposition "parce qu'elle installerait un nouveau code de conduite pour les entreprises technologiques, pour mieux protéger les enfants en ligne", d'après un communiqué. Une première.

La vie privée menacée

Le chiffrement des données suscite des tensions entre le secteur de la "tech" et les autorités depuis des décennies. Des responsables du FBI ont averti qu'ils n'hésiteraient pas à recourir à des techniques de hackers dans leurs enquêtes, en cas de chiffrement dit "de bout-en-bout".

De leur côté, les associations de défense des droits humains soutiennent Facebook. Les portes dérobées "menaceraient la sécurité et la vie privée de milliards d'utilisateurs d'internet dans le monde", ont déclaré plus de 100 organisations et experts, dont Amnesty International et Human Rights Watch, dans une lettre ouverte publiée en décembre.

Mais selon Eric Goldman, directeur de l'institut des high tech de l'université Santa Clara, les forces de l'ordre ne parviennent déjà pas à enquêter sur chacun des nombreux cas potentiels d'exploitation sexuelle que leur signalent les plateformes.

"Je ne crois pas que les entreprises n'en font pas assez. Elles considèrent ce problème comme le plus toxique et problématique de tous", remarque-t-il Cette loi établit "un faux choix à faire entre la sécurité des enfants et celle d'internet", est intervenu Gary Shapiro, président de la Consumer Technology Association, un groupe professionnel qui rassemble des centaines d'entreprises numérique. 

Comme Facebook ou Apple, il rappelle que les portes dérobées "seulement pour la police" n'existent pas. En outre, "les utilisateurs de messageries sécurisées adopteront des applis étrangères, ce qui pénalisera les entreprises américaines", prédit-il.

"Vous ne devriez pas avoir besoin d'un agrément de l'Etat pour créer un site web", s'est indigné de son côté Joe Mullin de la Electronic Frontier Foundation. "C'est le genre de système qui évoque les régimes autoritaires".

R.G avec AFP