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Le Brésil convoque un sommet inédit sur la gouvernance d'Internet

Le scandale des écoutes de la NSA est à l'origine du NETmundial qui se tient mercredi 23 avril 2014 au Brésil.

Le scandale des écoutes de la NSA est à l'origine du NETmundial qui se tient mercredi 23 avril 2014 au Brésil. - -

Courroucée par le scandale des écoutes de la NSA révélé par Edward Snowden, la présidente brésilienne Dilma Rousseff accueille mercredi à Sao Paulo un sommet international sans précédent voué à remettre en cause la tutelle américaine sur la gouvernance de l'Internet.

Qui gouverne l'Internet mondial? A cette question qui appelle souvent les géants américains comme réponse, le Brésil souhaite réfléchir à une alternative. Sa présidnte Dilma Roussef lance ainsi mercredi un sommet international aussi original qu'inédit dont le but avoué est de s'affranchir de l'hégémonie américaine sur les instances de régulation d'internet.

Ce NETmundial de deux jours s'impose déjà comme un évènement fondateur. Par son audience: les représentants de 87 pays y côtoient pendant deux jours universitaires, instituts techniques, acteurs privés et ONG. Mais aussi par son ambition: établir des principes de gouvernance et une feuille de route qui soient validés pour la première fois par tous les acteurs de la toile.

Une initiative qui semble opportune au moment où le réseau vient de souffler ses 25 bougies avec, selon l'ONU, un tiers de l'humanité potentiellement connectée.

L'hégémonie américaine contestée

Pour des raisons principalement historiques, les Etats-Unis contrôlent ou hébergent les principaux organismes administrant les adresses, noms de domaines, normes et protocoles du web, ce qui provoque depuis plusieurs années frustrations et grincements de dents parmi les acteurs du net et certains gouvernements.

Longtemps inflexibles, les Etats-Unis ont plié sous la pression diplomatique le mois dernier en cédant du terrain sur la supervision de l'Icann ("Internet Corporation for Assigned Names and Numbers"), l'organisme qui délivre notamment les noms de domaine sur internet, comme .com ou .gov, et dont le siège se trouve en Californie.

Affichant sa volonté de collaborer à ce NETmundial, Washington a été associé à son organisation avec 11 autres pays. Cette réunion internationale s'est donnée comme délicate mission de concilier les intérêts de pays victimes de l'espionnage de la NSA (Brésil, Allemagne, Mexique...), d'Etats contrôlant accès et contenu internet (Chine), d'acteurs privés jalousant leur liberté (Google) et de libertaires radicaux (WikiLeaks).

"Ils n'ont pas tous les mêmes opinions, mais nous souhaitons des actions concrètes", a annoncé le président du sommet Virgilio Almeida dans un entretien à l'AFP.

"Donner une direction au futur d'Internet"

Face à une telle gageure, beaucoup craignent que le document final soit dénué de substance. Mais même s'ils ne seront pas contraignants, ces principes auront le mérite de marquer le point de départ d'une véritable gouvernance mondiale.

Dans un projet de résolution soumis aux participants d'environ 80 pays et publié par WikiLeaks, les organisateurs indiquent que la "gouvernance doit être ouverte, participative, multipartite, technologiquement neutre, sensible aux droits de l'homme et fondée sur des principes de transparence, de responsabilité".

"Il est clair que ce qui va être défini ici sont des principes généraux, on ne va pas résoudre tous les problèmes, mais on va donner une direction au futur d'Internet", avance le vice-président de l'Icann pour l'Amérique latine, Rodrigo de La Parra.

|||Les écoutes de la NSA à l'origine du sommet

A l'été 2013, les révélations de l'ex-consultant Edward Snowden avaient déclenché l'ire du Brésil et provoqué le refroidissement des relations entre les deux pays.

Peu après le scandale des écoutes, Dilma Rousseff a avancé l'idée devant les Nations unies d'un contrôle multilatéral de l'utilisation d'internet, faisant également écho aux aspirations de plusieurs organismes du net soucieux de leur indépendance vis à vis de Washington.

S. C. avec AFP