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Faut-il se méfier de Zao, cette appli chinoise qui insère votre visage dans des films?

Zao

Zao - DR

Après FaceApp, une nouvelle application utilisant la technologie "deep fake" inquiète à cause de ses conditions d'utilisation floues.

Jamais la manipulation d’images n’aura été aussi accessible au grand public. Depuis longtemps, chercheurs et spécialistes alertent sur la dangerosité des "deep fake". Une technologie basée sur l’intelligence artificielle qui permet de détourner les paroles de quelqu’un, le PDG de Facebook Mark Zuckerberg en a fait l’expérience il y a quelques mois, ou de remplacer un visage par un autre. C’est ce que propose l’application chinoise "Zao", en l’occurrence pour des stars de cinéma.

Sorti vendredi, le service créé par le géant chinois MOMO Inc, une entreprise cotée à la Bourse de New-York, aurait déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois. Mais il soulève des questions quant à la sécurisation des données de ses utilisateurs, raconte le média américain The Daily Dot.

Pour se servir de Zao, il faut fournir une série de selfies avec différentes expressions faciales. L’application va ensuite les analyser et les utiliser pour remplacer le visage d’un acteur par celui de l’utilisateur. Mais les conditions d’utilisation ont suscité des craintes: les utilisateurs cédaient un droit "irrévocable", "permanent" et "transférable" sur toutes les photos fournies à l’application. Le débat est identique à celui qui entourait FaceApp il y a quelques semaines, le service utilisé par les internautes pour se vieillir.

Zao réagit et change (un peu) sa politique 

Face au tollé, Zao a changé ce week-end ses conditions d’utilisation.

"Nous comprenons les craintes en matière de vie privée. Nous avons bien reçu les retours des utilisateurs et allons régler les problèmes que nous n'avions pas pris en considération, ce qui prendra un certain temps", a indiqué Zao dans un communiqué.

L’entreprise a promis de n’utiliser que les photos et vidéos mises en ligne par les internautes pour améliorer l’application et de retirer de ses serveurs tout contenu ayant été effacé par les utilisateurs.

Contrairement à FaceApp, les contenus créés avec Zao ne sont pas stockés sur les smartphones des utilisateurs mais sur internet. Toute personne en possession du lien peut donc y accéder. Et l’application se réserve le droit de fournir les images aux autorités chinoises si celles-ci le demandent, a repéré le spécialiste en cybersécurité Baptiste Robert - alias Elliot Alderson sur Twitter.

Il prévient aussi : "Pour des raisons de confidentialité, ne téléchargez pas votre visage sur une application inconnue. Oui, c'est cool, mais une fois que votre visage est téléchargé, vous perdez vos droits dessus. Ils peuvent en faire ce qu'ils veulent."

Pas de quoi entacher le succès de Zao qui restait lundi après-midi l’application gratuite la plus téléchargée en Chine, selon le cabinet américain App Annie, spécialisé dans l’analyse des applications.

Pauline Dumonteil