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Cyberattaques: le plan de la Russie pour se couper d'Internet

La Russie veut s'épargner les cyberattaques d'ampleur.

La Russie veut s'épargner les cyberattaques d'ampleur. - AFP

Pour se prémunir des cyberattaques les plus dévastatrices, la Russie teste un moyen de couper Internet sur son territoire. Le but est de mettre à l'abri ses infrastructures stratégiques.

La Russie entend protéger ses entreprises face à de potentielles cyberattaques majeures Les députés russes ont commencé ce 12 février l'examen d'une loi destinée à créer dans le pays un "Internet souverain". En cas de coupure sur les grands serveurs mondiaux, la connexion resterait ainsi assurée. 

Le projet de loi, examiné en première lecture à la Douma, la chambre basse du Parlement, comporte une série de mesures visant à garantir le fonctionnement du segment russe de l'internet et à le protéger d'éventuelles cyberattaques. Dans les faits, cela permettrait d'isoler la Russie du reste d'Internet en cas d'urgence.

Le texte est présenté comme une réponse au "caractère belliqueux de la nouvelle stratégie américaine en matière de cybersécurité, adoptée en septembre 2018", qui cite notamment la Russie comme une menace. Le pays, au même titre que la France, le Royaume-Uni ou encore l'Allemagne, craignent aujourd'hui des cyberattaques d'ampleur, à même de mener à des coupures générales d'électricité, ou encore au sabotage d'hôpitaux. 

Un "Internet souverain"

Le texte prévoit concrètement de créer une "infrastructure permettant d'assurer le fonctionnement des ressources internet russes en cas d'impossibilité pour les opérateurs russes de se connecter aux serveurs internet étrangers".

Les fournisseurs russes d'accès à internet devront également s'assurer de la mise en place sur leurs réseaux de "moyens techniques" permettant un "contrôle centralisé du trafic" pour contrer les menaces éventuelles.

Ces "moyens techniques", dont la teneur n'est pas précisée, seront fournis aux opérateurs par le gendarme russe des télécoms et des médias, Roskomnadzor, qui est doté de pouvoirs élargis par le texte de loi. L'institution avait notamment été chargée de trouver un moyen de censurer l'application de messagerie Telegram dans le pays, sans succès. 

Le projet est déjà critiqué, à la fois par la Cour des comptes russe, en raison de son coût estimé à plus de 20 milliards de roubles (270 millions d'euros), et par le gouvernement, qui s'interroge sur son financement et sur les pouvoirs étendus accordés à Roskomnadzor.

L'agence aurait en effet la possibilité d'intervenir directement dans la gestion du réseau en cas de menace et pourrait, grâce à cette technologie, bloquer directement du contenu interdit en Russie, une tâche qui incombe actuellement aux opérateurs eux-mêmes avec des succès variables.

Elsa Trujillo avec AFP