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Salto: feu vert très encadré de l'Autorité de la concurrence pour le "Netflix français"

Plateforme en ligne, Salto proposera les flux des chaînes en direct, les programmes en rattrapage ainsi que des services de vidéos à la demande.

Plateforme en ligne, Salto proposera les flux des chaînes en direct, les programmes en rattrapage ainsi que des services de vidéos à la demande. - Salto

Salto, le projet de plateforme vidéo sur abonnement porté par France Télévisions, TF1 et M6 pour contrer les géants du streaming type Netflix, a reçu un feu vert assorti de strictes conditions de l'Autorité de la concurrence. Son lancement commercial se fera au premier trimestre 2020.

Plateforme internet, Salto, porté par France Télévisions, TF1 et M6, a reçu de l'Autorité de la concurrence un feu vert encadré par des engagements forts des parties concernées, étant donné leurs poids sur le marché français des droits de diffusion. Salto proposera à partir du premier trimestre 2020 les flux des chaînes en direct, les programmes en rattrapage ainsi que des services de vidéos à la demande, permettant l'émergence d'une plateforme à même de contrer le géant américain Netflix.

L'Autorité de la concurrence précise que les trois groupes devront se soumettre à une série d'engagements, visant notamment à prévenir tout risque de "coordination" dans l'acquisition de droits, en particulier de programmes français. La liste de ces engagements est longue et particulièrement précise.

TF1, France Télévisions et M6 se sont engagées à limiter leurs possibilités d'achats couplés de droits de diffusion linéaire et non linéaire. Les groupes devront également "limiter les possibilités de promotion croisée entre leurs chaînes et la plateforme Salto".

Les trois groupes audiovisuels se sont également engagés à proposer directement, c'est-à-dire sans l'intermédiaire de Salto, à tout distributeur tiers, la distribution de leurs chaînes de la TNT en clair et de leurs services et fonctionnalités associés, à des conditions objectives et non discriminatoires.

De même, les sociétés-mères se sont engagées à commercialiser auprès de Salto des espaces publicitaires sur la base de conditions générales de vente, et dans des conditions objectives et non discriminatoires. En clair, l'Autorité de la concurrence interdit à TF1, M6 et France Télévisions de faire bénéficier Salto de conditions plus avantageuses et si Salto devenait annonceur sur ces chaînes, cela se ferait aux même conditions commerciales que les autres acheteurs d'espace publicitaires.

Enfin, sur les marchés amont de l'acquisition de droits de contenus audiovisuels, "les conditions d'approvisionnement de Salto seront encadrées à plusieurs titres, de sorte que la capacité d'approvisionnement en contenus exclusifs de Salto auprès de ses sociétés-mères sera limitée".

Le CSA avait donné son feu vert mi-juillet

Annoncée en juin 2018, cette alliance inédite avait été présentée dans un premier temps aux autorités de la concurrence européennes, qui avaient décidé de transmettre le dossier au régulateur français, allongeant ainsi le processus de validation. Le CSA avait donné son feu vert au projet mi-juillet.

L'opération envisagée passera par la création d'une société détenue en commun par les trois groupes de télévision. Il s'agit d'une démarche sans précédent pour France Télévisions, TF1 et M6, trois groupes aux statuts différents (deux privés et un public) et qui se battent entre eux au quotidien pour capter les téléspectateurs.

Salto fait écho au projet britannique Britbox

Les trois groupes audiovisuels ont salué "une avancée majeure pour le secteur audiovisuel français, qui fait face à la concurrence frontale des plateformes internationales. Avec Salto, les groupes France Télévisions, M6 et TF1 conjugueront en effet leurs forces et proposeront une réponse locale ambitieuse aux nouvelles attentes du public, tout en renforçant davantage encore leur participation active à la création française et européenne", assurent-ils.

Ce projet fait écho à l'initiative britannique Britbox, projet de plateforme internet portée par la BBC et ITV et orientée sur les séries télé britanniques, qui verra le jour au quatrième trimestre 2019. La riposte s'organise également en Allemagne, où les diffuseurs préparent aussi leur projet.

Frédéric Bergé