BFM Tech

Pourquoi les bombes n'empêchent pas Daesh de sévir sur internet?

-

- - Domaine public - WDGraham

Les jihadistes restent très présent sur les réseaux sociaux alors que les infrastructures des zones qu'ils contrôlent sont bombardées. De quels moyens techniques disposent-ils pour se connecter à Internet? Vraisemblablement de réseaux satellitaires. Et selon le magazine Der Spiegel, le français Eutelsat serait l'un des opérateurs utilisés par Daesh.

Daesh est très présent en ligne : sur de nombreux sites, sur les réseaux sociaux et autres applications qui lui permettent de communiquer, mener ses actions de propagande et également recruter. Si les moyens de connexion ne manquent pas en Occident, la donne est légèrement différente dans les différentes régions et villes où Daesh s’est installée et a grandi.

Les infrastructures téléphoniques ravagées rendent impossibles les connexions via ADSL, par exemple. En définitive, un seul moyen subsiste, l’accès à Internet par le satellite. C’est de cette constatation que sont partis les journalistes du magazine allemand Der Spiegel pour mener leur enquête. Leur conclusion? Des sociétés européennes pourraient fournir un accès à Internet par satellite à cette organisation terroriste, sans toutefois en être obligatoirement conscientes.

Daesh contrôle les installations de paraboles

Des milliers de paraboles, achetées en Turquie, à Antioche, ont été installées en Irak et en Syrie, là où s’est établi Daesh. Ces dernières années, le marché a littéralement explosé, bien que, localement, le prix du matériel soit d’environ 500 dollars, frais auxquels s’ajoutent l’abonnement à l’opérateur. Cette flambée d'achat laisse à penser que les populations locales ont ainsi trouvé un moyen de rester connectées à leurs proches et au monde extérieur. Or, dans les zones où Daesh règne d’une main de fer – et où les paraboles sont nombreuses – les installations de ces équipements ne sont pas libres et doivent être effectuées par des techniciens agréés par les miliciens de l’organisation terroriste. Tout est contrôlé et soumis aux émirs locaux, représentants de l'Etat islamique.

Un opérateur en partie possédé par l’Etat français

Là où les choses deviennent gênantes, c’est que parmi les opérateurs présents sur le marché de l'internet satellitaire figure le français Eutelsat, un des plus gros acteurs du satellite au monde. Une société européenne de droit privée détenue à un peu plus de 26% par Bpifrance.

Structure de l'actionnariat d'Eutelsat Communications
Structure de l'actionnariat d'Eutelsat Communications © Eutelsat

Interrogés par les journalistes du Spiegel, les représentants d’Eutelsat indiquent que "les terminaux satellites modernes sont très petits, compacts et mobiles et qu’ils ne peuvent ainsi pas exclure tous les usages illicites." Eutelsat explique par ailleurs n’avoir aucun revendeur officiel en Syrie et n’avoir aucun lien avec les clients finaux… Pour autant, selon Der Spiegel, les opérateurs satellite et leurs partenaires peuvent généralement déterminer l’emplacement d’un équipement qu’ils ont fourni, car leurs clients doivent, au moment de l’installation, fournir leurs coordonnées GPS. Si les coordonnées fournies sont erronées, les utilisateurs peuvent obtenir une connexion mauvaise... ou pas de connexion du tout explique le quotidien allemand.

Pourquoi ne pas couper ces accès ?

Ce dernier s’est d’ailleurs procuré les données GPS des clients d’Eutelsat et de son concurrent SES pour les années 2014 et 2015. Elles montrent clairement que les installations ont eu lieu dans des zones sous contrôle de l’Etat islamique. Dès lors, pourquoi les opérateurs comme Eutelsat ne coupent-ils pas les accès à Internet de ces appareils? Ce qui pourrait être réalisé assez facilement, semble-t-il.

L’explication économique, qui voudrait que ces opérateurs cherchent à amortir le coût colossal de la mise en place et de l’entretien de satellites, tient-elle face à la réalité de ce qu’est Daesh et de ce que lui apporte ces accès haut débit à Internet (22 Mbit/s en descendant et 6 Mbit/s en montant)? Der Spiegel s’interroge. Ces sociétés sont-elles au courant de qui sont leurs clients? Si elles le sont travaillent-elles avec les services secrets pour espionner les activités de Daesh ? Aucune réponse définitive n’est disponible à l’heure actuelle. Mais il paraît clair que des explications s'imposent.