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Lunettes, montre connectée, Portal : pourquoi Meta (Facebook) revoit sa stratégie hardware

Mark Zuckerberg lors de l'annonce du changement de nom de Facebook pour Meta en octobre 2021.

Mark Zuckerberg lors de l'annonce du changement de nom de Facebook pour Meta en octobre 2021. - Facebook

Zone de turbulences pour la stratégie de Meta en matière d'objets connectés. Plusieurs projets voient leur commercialisation annulée ou reportée.

Meta, nouveau nom du groupe Facebook depuis octobre 2021, revoit la feuille de route de sa division hardware. Alors que le géant américain s'est donné pour objectif de devenir un acteur incontournable de la réalité virtuelle, il procède à une grande réorganisation de ses activités. Il revoit ainsi à la baisse ses ambitions à court terme pour ses projets de lunettes de réalité augmentée, détaille The Information.

Dans les tuyaux depuis 2018, plusieurs projets de lunettes du futur devaient voir le jour: une première génération en 2024, puis en 2026 et enfin en 2028. Meta a informé mercredi ses employés que la première version des lunettes, connue sous le nom de code "Nazare", ne sera pas commercialisée au grand public.

Des lunettes réservées aux développeurs

Depuis le lancement du projet, les lunettes ont toujours eu pour vocation d'être distribuées aux développeurs -afin que ces derniers puissent réfléchir à de nouveaux usages- mais la question de leur vente à grande échelle était encore en suspens.

La deuxième version des lunettes, dont le nom de code est "Artemis", serait désormais la priorité. "Ce changement signifie que Meta ne proposera probablement pas de version des lunettes avant plusieurs années", affirme The Information.

Le groupe fait pourtant valoir de grandes ambitions sur ces technologies en cours de développement. Selon son patron, Mark Zuckerberg, les lunettes de réalité augmentée s'apparentent à un dispositif "graal", qui "redéfinira notre relation avec la technologie", à l'instar de l'introduction des smartphones, rapportait The Verge à la mi-avril.

Mise sur pause pour la montre connectée

Victime collatérale des reports des projets de lunettes : la montre connectée. Meta met également en sourdine son projet de montre intelligente, qui devait être dotée d'un écran détachable et de deux caméras, a dévoilé Bloomberg jeudi. La conception de l'écran détachable aurait rendu difficile le déploiement de la technologie EMG (électromyographie), nécessaire pour contrôler les futures lunettes de réalité augmentée grâce à des signaux nerveux. Meta serait donc en train de plancher sur un nouveau design plus adapté aux futurs usages.

En parallèle, Meta va réorienter les usages de Portal, sa gamme d'écrans connectés lancée en 2018, vers le monde professionnel. Si le groupe a bien tenté de s'imposer auprès du grand public, ses efforts ont été vains. L'entreprise de Menlo Park ne communique pas sur ses chiffres de ventes. Mais seulement 800.000 écrans Portal auraient été écoulés courant 2021 - année pourtant marquée par le Covid-19, forçant les foyers et les entreprises à s'équiper - selon le cabinet d'études IDC et The Information.

L'innovation "n'est pas une ligne droite"

Andrew Bosworth, directeur des nouvelles technologies chez Meta, a réagi jeudi sur Twitter.

"Nous allons expédier des bracelets et des lunettes de réalité augmentée qui apportent des technologies totalement nouvelles, comme l'EMG, sur le marché. Le chemin qui mène à des produits révolutionnaires n'est pas une ligne droite. Comme c'est souvent le cas dans notre secteur, nous itérons sur plusieurs prototypes en parallèle et modifions nos ressources au fur et à mesure que nous apprenons."

Ce virage hardware est une nécessité pour Meta, dont le business model entièrement basé sur la publicité ciblée est critiqué par les régulateurs du monde entier par souci de protection des données personnelles. Alors que sa croissance montre des signes de faiblesse, couplée à une chute libre de son cours de Bourse depuis le début de l'année 2022, Meta cherche à s'assurer de nouvelles sources de revenus. Mais investir dans la réalité virtuelle et augmentée a un coût. Rien qu'au premier trimestre 2022, cette division a fait perdre près de 3 milliards de dollars à Meta - contre 10 milliards de pertes cumulées sur toute l'année 2021.

Anaïs Cherif