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New York: ce mystérieux gratte-ciel sans fenêtres renferme un centre d'espionnage de la NSA

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- - Mark Visosky via Flickr CC

L'agence de renseignement américaine y disposerait d'une pièce et de matériel lui permettant d'intercepter des communications téléphoniques et Internet vers ou en provenance de l'étranger, d'après une enquête de The Intercept basée sur des documents fournis par Edward Snowden.

Au 33 Thomas Street, à New York, se trouve le Long Lines Building, un imposant gratte-ciel sans la moindre fenêtre haut de 168 mètres, dont le style soviétique détonne avec les autres immeubles du sud de Manhattan. L’apparence de ce mystérieux bâtiment appartenant à AT&T, le deuxième opérateur téléphonique des Etats-Unis, interroge depuis longtemps les New-Yorkais. Officiellement, il s'agit d'un bâtiment qui abrite ses équipements de communication longue-distance.

Mais Une enquête du site d'investigation The Intercept, basée en partie sur des documents de la NSA (l'agence de renseignement américaine spécialisée dans la surveillance électronique) fournis par Edward Snowden, montre que l'immeuble abriterait bien d'autres secrets : ce gratte-ciel serait également un centre d’espionnage de la NSA servant à intercepter des communications provenant de pays étrangers, dont la France...

Nom de code: TITANPOINTE

Les documents de la NSA obtenus par The Intercept ne mentionnent pas noir sur blanc AT&T et ce bâtiment, mais plutôt des noms de code. "LITHIUM" pour l’opérateur et "TITANPOINTE" pour le gratte-ciel. Le site d’information assure cependant qu’un recoupement avec des documents publics, des plans architecturaux et des interviews d’anciens employés lui permettent d’affirmer que "le 33 Thomas Street a servi de site de surveillance".

Cette tour d’AT&T intéresserait tout particulièrement la NSA, car c’est l’un des lieux d’où l’opérateur achemine les communications entre les Etats-Unis et l’étranger. D’après The Intercept, l’agence de renseignement y posséderait des locaux et du matériel, lui permettant d’intercepter à la source les communications téléphoniques ainsi que le trafic Internet.

Conçu pour résister à une attaque nucléaire

Le gratte-ciel serait au coeur du programme de surveillance de masse BLARNEY, débuté au début des 70 par la NSA et révélé en 2013 par les fuites de documents d’Edward Snowden. BLARNEY permet à la NSA d’intercepter le contenu et les metadonnées (heure, durée, localisation…) des communications d'institutions internationales comme l’ONU, le FMI, ou la Banque Mondiale, mais aussi de 38 pays, dont des alliés des Etats-Unis comme la France, le Japon, l’Allemagne ou l’Italie. La bâtiment servirait aussi à intercepter des communications satellitaires, grâce à des antennes paraboliques placées sur le toit.

Le Long Lines Building, construit en pleine Guerre Froide (entre 1969 et 1974), a été pensé comme une forteresse. Selon The Intercept, les premiers plans architecturaux indiquent que le gratte-ciel est conçu pour protéger les lignes téléphoniques et le personnel "en cas d’attaque atomique". Si une coupure d'électricité survenait, le bâtiment serait censé devenir une "ville indépendante" avec assez d’eau et de nourriture pour 1500 personnes ainsi qu’assez d’essence alimentant des générateurs électriques pour tenir deux semaines.

On s'y rend en toute discrétion

Tout est fait pour que les activités de la NSA au sein du gratte-ciel attirent le moins d’attention possible. D’après des manuels de voyage obtenus par The Intercept, les employés de l’agence de renseignement qui s’y rendent doivent suivre une procédure rigoureuse. Le voyage doit s’effectuer dans un "véhicule de couverture" fourni par le FBI (la police fédérale américaine) et dans une tenue qui ne montre aucune appartenance à la NSA. Après avoir prévenu AT&T, il faut se rendre au FBI, dont les bureaux new-yorkais sont tout proches, avant d’accéder au bâtiment. Là, les agents doivent sonner à un interphone et signaler leur arrivée, puis attendre que quelqu'un vienne les chercher.

AT&T réfute ces révélations et assure qu’aucune agence gouvernementale n’est autorisée à "se connecter directement ou contrôler d’une autre manière notre réseau". Mais The Intercept relève que les documents de la NSA n’ont jamais mentionné de telles capacités. En revanche, ils affirment clairement que la NSA possède son propre matériel d’interception sur place. Pour The Intercept, il est donc possible que la pièce dans laquelle est installé cet équipement soit directement gérée par des ingénieurs ou techniciens d’AT&T, ce que suggère d’ailleurs un document de la NSA datant de 2013.

Jamal El Hassani