BFM Business

Affaire Super U: les réseaux sociaux font-ils la loi pour les marques?

Des photos de chasse en Afrique des propriétaires d'un magasin Super U ont choqué l'opinion sur les réseaux sociaux. L'enseigne qui a choisi de mettre fin à sa collaboration avec eux a agi comme de plus en plus de marques obligées de réagir vite pour éteindre les incendies suscités par des comportements qui heurtent la morale.

Pour eux, Super U c'est terminé. L'enseigne de magasins a mis fin a sa collaboration avec la famille propriétaire du supermarché de l'Arbresle dans le Rhône dont les photos de safari avaient heurté l'opinion sur les réseaux sociaux. Des photos anciennes qu'on pouvait trouver sur internet depuis 2016 au moins mais qui ne sont sorties que cette semaine sur Facebook et Twitter.

Rappel des faits: en 2015, une famille du Rhône apparemment très amatrice de chasse et propriétaire d’un magasin Super U se rend en Afrique pour un safari. Il semblerait que ce soit au Cameroun à en croire cette interview de la protagoniste donnée en 2016 au site chassons.com et depuis retirée. A cette occasion de nombreux animaux sont tuées et des photos sont prises avec les proies. Des images qui peuvent effectivement choquer. On y voit le couple s'afficher à côté de ses trophées de chasse: hippopotame, lion, crocodile, léopard.

Les photos sont ensuite postées sur un site de safari et sur le site dédié à la chasse (chassons.com) accompagnée de l'interview de la propriétaire du magasin. Les photos ne semblent donc pas avoir été volées au couple qui a accepté que le site les publie avec leur nom et leur identité. 

Rien ne se passe durant trois ans. Cette semaine, les photos apparaissent sur les réseaux sociaux et suscitent une forte indignation. Les protagonistes sont identifiés et des appels au boycott sont lancés contre l'enseigne Super U. Un post d’un sympathisant du parti animaliste a été partagée plus de 14.000 fois en deux jours sur Facebook.

L’enseigne Super U s’est dans un premier temps désolidarisée en rappelant que ces pratiques relevaient de la sphère privée avant plus tard dans la journée de mardi d’annoncer que la famille quittait le groupement. "C’est une pratique à laquelle je suis totalement opposé, la décision qui s’imposait a été prise", assure ainsi Dominique Schelcher, le président de Système U sur Twitter. 

L'enseigne a-t-elle cédé sous la pression de l'opinion? Il est vrai que dans ces affaires-là, une nouvelle forme de justice semble émerger, celle de l’opinion publique. Au mépris de la loi?

"C'est difficile à dire dans ce cas-là, explique Jonathan Elkaim, avocat en droit des affaires. La France interdit bien la chasse aux espèces protégées. Mais quel droit s'applique ici? La vraie question est celle du préjudice d'image subi par la marque Super U qui est bien constitué. Tout se joue après dans les contrats dans lesquels des clauses obligent les salariés et les contractants comme les franchisés à ne pas ternir l'image de la marque."

Les marques anticipent de plus en plus ce type de situation dans leurs contrats avec des clauses qui obligent les salariés à une conduite morale ou même des clauses dites de dédits qui permettent d’annuler un contrat sans motif contre une somme d’argent forfaitaire. Aujourd’hui, les entreprises ne veulent plus prendre de risque.

Car ces bad buzz sont de plus en plus fréquents sur les réseaux sociaux. Starbucks a fermé ses cafés une demi-journée suite à un acte considéré comme raciste d’un de ses directeurs de café. Google a licencié un cadre qui a rédigé une note considérée comme sexiste. Ou encore plus récemment, Decathlon a renoncé à vendre un hijab de course à pied suite à l'émotion suscitée par cette annonce. 

Les marques ont mis du temps, mais ont fini par s’adapter à cette nouvelle donne avec la multiplication des affaires. Elles sont aujourd’hui très réactives, les community managers font rapidement remonter les fluctuations de l’opinion et les entreprises communiquent rapidement ou répondent en direct aux critiques sur les réseaux sociaux. Et pour éteindre les incendies, elles n’hésitent pas à prendre des décisions radicales pour sauver leur image.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco