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Le monde HLM accumule du retard sur la construction de logements neufs

Le monde HLM ne crée pas assez de logements, prévient sa nouvelle cheffe

Le monde HLM ne crée pas assez de logements, prévient sa nouvelle cheffe - AFP

La présidente du monde HLM Emmanuelle Cosse a prévenu que l'année 2020 ne sera "pas bonne" et reconnait que l'Union sociale pour l'habitat a pris "beaucoup de retard" en matière de chantiers.

Le monde HLM ne crée pas assez de logements et l'année 2020 ne sera "pas bonne", selon la nouvelle cheffe de file du secteur, Emmanuelle Cosse, qui en tient notamment responsable le manque de volonté politique affiché par le gouvernement. "On a beaucoup de retard", prévient auprès de l'AFP Emmanuelle Cosse, qui vient d'être élue présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH), l'organisation qui rassemble tout le logement social français.

"L'année 2020 ne va pas être bonne, on a des difficultés partout" en France, insiste-t-elle. "On n'est pas certain de faire 100.000 logements." C'est peu. Le secteur s'est engagé auprès du gouvernement à en construire 110.000 par an et Emmanuelle Cosse, qui a été ministre du Logement sous le quinquennat de François Hollande, estime que même cet objectif risque d'être insuffisant. "Je défendais, quand j'étais ministre, qu'il fallait faire 150.000 logements sociaux par an", rappelle-t-elle, et son point de vue n'a pas changé.

Des raisons financières

L'enjeu est d'autant plus crucial, en pleine crise économique liée au coronavirus, que de nombreux Français voient leurs revenus baisser, parfois drastiquement. Or, la facilité à se loger est un facteur essentiel pour permettre la reprise de l'économie. "Il y a des emplois qui ne sont pas pourvus à cause de la difficulté d'accès au logement", en particulier autour de Paris, rappelle Emmanuelle Cosse.

Pourquoi, alors, le monde HLM peine-t-il à créer assez de logements? Il y a d'abord des raisons financières car, depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, le gouvernement demande au secteur de faire d'importantes économies. Mais, pour Emmanuelle Cosse, il y a également un problème politique. Selon elle, le gouvernement ne renvoie pas assez l'impression que le logement - social ou non - est un sujet important.

"Absence de discours sur le logement"

"Il n'y a jamais d'affichage politique très fort", juge-t-elle. "Ça fait trois ans qu'on encaisse (...) une absence de discours sur le logement", insiste Emmanuelle Cosse, regrettant plus spécifiquement que le monde HLM ait fait l'objet d'une "stigmatisation" dans les premiers temps du quinquennat. Très tendues au début du mandat d'Emmanuel Macron, les relations avec l'Etat se sont certes apaisées, et Emmanuelle Cosse juge que l'actuelle ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, témoigne d'une excellente volonté envers les bailleurs sociaux.

Seulement, "si elle ne porte pas un discours fort sur la production de logements et le logement abordable, on n'y arrivera pas", prévient Emmanuelle Cosse. La cheffe des HLM estime une telle prise de position essentielle pour convaincre les élus locaux, en premier lieu les maires, qui sont en réalité les principaux responsables de la politique du logement en France.

Des blocages chez certains élus locaux

Or, dit Emmanuelle Cosse, beaucoup de projets de logements sociaux sont remis en cause au niveau local ces derniers mois à travers le pays, en particulier par les nouvelles équipes arrivées en place cet été à l'issue d'une campagne municipale prolongée plusieurs mois par la crise sanitaire. "J'ai des retours d'un peu partout sur des raidissements", rapporte-t-elle. "Ça met les organismes HLM dans une grande difficulté."

Au-delà des seuls HLM, beaucoup de professionnels du logement font aussi état de tels blocages locaux. Certains évoquent l'arrivée au pouvoir d'élus écologistes, rétifs face à la construction de nouveaux bâtiments au nom de la lutte contre "l'artificialisation des sols" et la "bétonisation". Pour Emmanuelle Cosse, elle-même issue du camp écologiste, le risque est surtout que ces concepts soient récupérés pour donner une nouvelle jeunesse à de vieilles réticences face aux HLM. "Je crains que l'argument de l'artificialisation soit utilisé comme cache-sexe pour ne pas faire du logement social", avance-t-elle.

Avec AFP

D. L.