BFM Immo

Bois, plâtre, ferraille... Les pénuries de matières premières mettent les chantiers à rude épreuve

Pas de bois, pas de ferraille, pas de plâtre: 2021, "pas une année pour construire"

Pas de bois, pas de ferraille, pas de plâtre: 2021, "pas une année pour construire" - Philippe Huguen - AFP

Bois, ferraille, ou plâtre manquent sur les chantiers de construction en France, et dans d'autres pays d'Europe. Les professionnels de la construction s'inquiètent.

Devant un hangar à moitié-vide, le camionneur décharge sa précieuse cargaison: des chevrons et liteaux de charpente en bois de sapin. Un arrivage presque inespéré, tant bois, ferraille, ou plâtre manquent sur les chantiers de construction en France, et dans d'autres pays d'Europe. "J'avais bien peur de ne pas pouvoir livrer mon client qui va construire une extension de maison individuelle cet été, alors j'ai anticipé la commande" explique Mikael Lopes, PDG du négoce de matériaux AP situé à Poigny en Seine-et-Marne, à une heure à l'est de Paris.

>> Téléchargez notre guide Acheter dans le Neuf

Pour ses clients, candidats à la maison individuelle, Benoit Cuvelé, entrepreneur de maçonnerie à Douy-la-Ramée, à quelques kilomètres de là, résume la situation: "Ce n'est pas une année pour construire, ça va vous coûter plus cher et ça va durer plus longtemps". Car à l'exception des parpaings, "tout manque": bois, laine de verre, plaques de plâtre, ferraille, et même carrelages ou conduites d'eau en plastique PVC.

Les prix s'envolent, entre 30 et 100%

Dans le réseau Tout Faire, qui approvisionne les artisans de la construction en France et en Belgique, les délais de livraison "se comptaient en jours avant le Covid, aujourd'hui ils sont en mois" ajoute Mikael Lopes. Et les prix s'envolent, entre 30 et 100% selon les matériaux, selon lui. Les Etats-Unis "achètent beaucoup de bois en Europe, plus cher et en gros volume du fait de la reprise économique là-bas, et nous on manque de bastaings, de madriers, de dalles de plancher" dit-il.

Côté ferraille, c'est la Chine qui rafle "tout l'acier", "alors que les Européens sont soumis à des quotas". Dans son hangar de stockage, où quelque 200 artisans du bâtiment de la région de Meaux viennent s'approvisionner, les tas de bois s'amenuisent dangereusement. "Normalement, ce stock correspond à 15 jours de réserve". Or, il va falloir qu'il tienne jusqu'à fin septembre: "les fournisseurs ne prennent même plus les commandes". Mikael Lopes avoue ne pas très bien savoir comment vont faire les entreprises du bâtiment pendant les gros mois de construction que sont juin et juillet.

"S'il y a trop de ruptures d'approvisionnement, il va y avoir du chômage partiel" sur les chantiers, craint-il. Seule la crise financière de 2008 avait eu autant d'impact, mais pas de la même manière: "En 2008, on avait les matériaux et pas les chantiers. Là, on a les chantiers et pas les matériaux", résume l'entrepreneur Benoit Cuvelé.

Tensions pendant les mois à venir

En ce moment, ses clients, des particuliers qui souhaitent bâtir une maison individuelle, n'ont que "deux semaines pour accepter un devis ou le refuser". "Au-delà, on ne peut pas s'engager sur les prix", explique l'artisan. Les raisons de cette crise historique? Outre la razzia des achats internationaux, la baisse de la production de matériaux pendant la pandémie en raison des contraintes sanitaires dans les usines de fabrication, et les ruptures de chaînes logistiques.

"Il y a des pénuries de containers pour importer en Europe, ils sont tous pris d'assaut en Asie", indique à l'AFP Eric Quenet, directeur général de l'association PlasticsEurope qui regroupe une centaine de fabricants de plastiques européens. Le tout coïncide avec une forte augmentation de la demande, portée par le lancement de grands plans de rénovation ou de chantiers d'isolation thermique dans le cadre de plans de relance économique en Europe. Selon Eric Quenet, la tension sur les approvisionnements "devrait continuer dans les mois à venir". Les grands groupes de matériaux, comme le géant Saint-Gobain ont profité à plein de l'engouement pour la construction et de la remontée des prix, en affichant des résultats "historiques" et "record" au premier semestre.

Mikael Lopes aussi avoue avoir eu une "excellente année" 2020, comme l'ensemble de son réseau, classé "commerce prioritaire" pendant la pandémie pour permettre la poursuite du secteur de la construction. "Nous avons gagné de l'argent en 2020, mais pour voir l'impact de cette crise, il faudra attendre encore au moins un an, pour voir les répercussions sur les entreprises de construction" dit-il.

Avec AFP

D. L.