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Veolia et Suez entament des discussions secrètes

Les deux groupes semblent enfin prêts à discuter d’un accord amiable. Plusieurs scénarios sont sur la table. Les échanges ont commencé en coulisse.

Elles sont discrètes, indirectes et informelles, mais les discussions entre Veolia et Suez ont commencé. Ces deux dernières semaines, les réflexions entre les deux rivaux se multiplient. Des messages passent d’un camp à l’autre, par l’intermédiaire de banquiers, conseillers, mais aussi de dirigeants. "Il y a un canal ouvert, confie une source proche de Suez. Mais il est fragile". Le directeur général de Suez, Bertrand Camus, confiait lundi sur BFM Business qu’il y avait des "contacts indirects". "Il n’y en a pas… à notre connaissance" répond-on avec ambiguïté dans l’entourage de Veolia.

Selon nos informations, des échanges secrets existent entre des dirigeants des deux maisons qui restent en guerre alors que Veolia a lancé une OPA hostile sur Suez. Les directeurs de la stratégie de Suez, Diane Galbe, et de Veolia, Olivier Brousse, jouent ces rôles de "négociateurs", mais ils ne se parlent pas directement. Depuis le début de la bataille en septembre, l’un et l’autre sont identifiés comme des profils favorables à un " compromis". Diane Galbe a toujours été identifiée comme "favorable" à un rapprochement avec Veolia. Quant à Olivier Brousse, il connait plusieurs cadres de Suez à un niveau très opérationnel. Il avait d’ailleurs été approché pour diriger le groupe il y a deux ans. C’est lui qui tente d’élaborer des schémas capables de cristalliser une solution amiable. Il est le seul dirigeant de Veolia à être préservé par Suez. "On a ordre de ne pas l’attaquer" concède un proche de la direction de Suez.

Suez est prêt à négocier

D’autres échanges indirects ont lieu par l’intermédiaire des pouvoirs publics. Le patron de la Caisse des Dépôts, Eric Lombard joue aussi ce rôle de "messagers" tout comme le directeur du Trésor, Emmanuel Moulin. "En réalité, il y a plusieurs canaux ouverts" résument un protagoniste des négociations.

La semaine passée, les dirigeants de Veolia et Suez ont commencé leurs discussions par conférences de presse interposées. Chez Suez, le directeur financier a clairement déclaré qu’il manquait "un euro par action" au prix de l’offre de Veolia. Ce dernier propose 18 euros, soit 8 milliards d’euros pour les 70% du capital qu’il ne détient pas. Manière de dire qu’avec un bon prix, les négociations pourraient être possibles. Chez Veolia, après cinq mois d’opposition frontale, le discours s’assouplit aussi : "On ne peut pas négocier le prix et le périmètre, Suez devra choisir", explique une source proche de Veolia. "Pour la première fois depuis le début de la guerre, Suez est vraiment prêt à discuter", décrypte une source.

Sur le fond, plusieurs scénarios circulent sur le périmètre de Suez qui continuera à exister après le rachat d’une partie de ses activités par Veolia. C’est le cœur des négociations. Depuis fin septembre, Veolia est prêt à laisser un "petit Suez" pesant 5 milliards d’euros comprenant les activités eau en France. De son côté, Suez milite pour une taille plus importante de 10 milliards d’euros, comprenant toutes ses activités dans l’eau, en France et l’international, qui seraient rachetées par les fonds d’investissement: le Français Ardian et l’américain GIP."C’est la seule proposition de Suez sur la table, reconnait un proche du groupe. Elle est difficile à assumer car elle acte la scission du groupe entre les branches eau et déchets".

La clé: conserver intact tout Suez en France

Veolia ne veut pas "lâcher" davantage que le "petit Suez" de 5 milliards proposé fin septembre. Mais son PDG, Antoine Frérot, sait qu’il devra faire de nouvelles concessions s’il veut un accord amiable, poussé par les pouvoirs publics. "Un compromis est possible" assure-t-on dans les deux camps. Mais chacun tire la couverture à soi. "La clé, c’est de conserver Suez intact en France", explique un proche des négociations.

Pour les politiques et surtout les syndicats, conserver l’eau et les déchets en France seraient l’assurance de trouver un compromis. Un scénario qui "fait sens" entend-on chez Veolia. Mais dont ne veut pas Suez. "Les activités françaises seules ne sont pas viables" rétorque un proche de la direction. Bertrand Camus préfère surtout conserver un Suez centré sur l’eau.

Autour de ce pilier "France", pourraient être rattachées les activités au Maroc, en Inde, en Chine, en Italie et "GE Water", l’ancienne filiale de General Electric aux Etats-Unis, rachetée en 2017. Un "package" qui ferait de Suez un groupe international d’un peu plus d’environ 7,5 milliards d’euros, à mi-chemin entre les demandes des deux groupes. Et dont Ardian et GIP seraient aussi les repreneurs.

Autre scénario possible: que Veolia accepte de laisser à Suez la moitié de ses activités dans l’eau, soit 5 milliards d’euros. En y ajoutant les déchets que Veolia ne pourra de toute façon pas conserver pour des raisons de concurrence, le futur Suez pourrait là aussi atteindre environ 7 milliards d’euros. "Veolia ne peut pas laisser autant d’activités dans l’eau à Suez" tranche un proche du PDG Antoine Frérot. "C’est une solution acceptable mais à la fin d’une négociation, pas au début" nuance un acteur des négociations. Si un accord est encore loin d’être trouvé, les grandes lignes commencent doucement à se dessiner. L’objectif des deux groupes est de parvenir à un accord pour l’assemblée générale de Suez qui se tiendra au mois de mai ou juin.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business