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Régions: qui sont les gagnants et les perdants du redécoupage?

Des Alsaciennes en costume traditionnel défilent en décembre 2014 contre le projet de redécoupage des régions

Des Alsaciennes en costume traditionnel défilent en décembre 2014 contre le projet de redécoupage des régions - Sébastien Bozon - AFP

CARTE- Une étude réalisée par le cabinet Electionscope montre que l'Alsace, la Basse-Normandie, ou la Picardie ont fait les frais de la nouvelle carte des régions qui entrera en vigueur en janvier prochain. À l'inverse, la Franche-Comté et le Rhône-Alpes ont profité de ce redécoupage.

Les Français seront appelés aux urnes ce dimanche 6 décembre prochains pour le premier tour des élections régionales. Un scrutin pour le moins particulier puisque les électeurs tricolores vont devoir élire les représentants de régions qui n'existeront qu'à partir du 1er janvier prochain, avec l'entrée en vigueur de la nouvelle carte.

Ce redécoupage avait fait l'objet de vives contestations. En Alsace les manifestations avaient été massives fin 2014 pour réclamer l'annulation de la carte, les Alsaciens refusant d'être réunis avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Ils craignaient notamment de voir la vitalité économique de leur région être affaiblie par cette fusion avec des régions plus pauvres.

Et l'étude publiée ce jeudi 26 novembre par le cabinet d'analyse ElectionScope, composé de deux professeurs d'économie, ne risque pas de calmer leur colère. 

Des "gagnants et des perdants"

Ses auteurs ont déterminé quelles régions gagnaient ou perdaient avec les nouvelle carte. Pour cela, ils se sont basés sur deux critères: la performance économique de la région, mesurée par le taux de chômage (U), et la qualité de la gestion des comptes (F), établie à partir d'une batterie d'indicateurs (impôts par tête, train de vie de la région etc…).

Ils ont établi un classement puis ont donné à chaque région, sur chacun des critères, un (+) si elle se situe du côté des bons élèves ou un (-) dans le cas contraire.

Exemple: l'Île-de-France est la région qui a le taux de chômage le plus faible de France (8,8% selon l'Insee), mais elle n'est que 17e sur 22 pour ce qui est de la gestion de ses comptes. Elle a ainsi un score "U(+)F(-)", U représentant le chômage, F la gestion financière.

Les auteurs ont procédé ainsi pour les 21 "anciennes régions" et on fait de même pour 12 des 13 "nouvelles" en France métropolitaine de sorte à déterminer qui y gagne au change. Au final, "le découpage a probablement eu des motifs autres qu'économiques puisqu'il fait des gagnants et des perdants. Or le but d'un découpage territorial est de limiter au maximum le nombre de perdants", avance Bruno Jérôme, un des deux auteurs de l'étude.

L'Alsace grande perdante

Et "l'Alsace fait partie des grands perdants", ajoute-t-il. La région limitrophe de l'Allemagne figure parmi les bonnes élèves, tant du point de vue du chômage (6e) que de celui du pilotage de ses finances publiques (9e). Elle est ainsi notée "U(+)F(+)" avant la nouvelle carte, soit le meilleur score possible.

La fusion avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine lui fait clairement perdre son rang. La nouvelle région se situe, tant du point de vue du chômage que de ses finances, dans la partie basse du tableau. Son score est, en effet, "U(-)F(-)".

Logique: la Lorraine est la deuxième région la moins bien gérée de France selon cette étude, et fait presque aussi mal sur le chômage (15e sur 21). La Champagne-Ardenne, si elle se situe en milieu de tableau pour ses finances publiques (10e) fait encore pire sur le chômage (16e sur 21). "L'Alsace est une région qu'on aurait dû laisser telle quelle', conclut Bruno Jérôme.

Quatre autres régions font également partie des "victimes" désignées par l'étude. La Basse Normandie est une région à la fois forte tant au niveau du chômage que de ses finances publiques, notée "U(+)F(+)". La fusion avec la Haute Normandie, qui elle est mauvaise sur les deux tableaux (notée "U(-)F(-)"), va donner lieu à une région au bilan plus mitigé ("U(-)F(+)"). Pour Bruno Jérôme il s'agit "une fusion pas bête du tout", car elle aboutit à une région plus homogène

Trois gagnantes

La Picardie est, elle, relativement bien gérée avec toutefois un fort taux de chômage. En rejoignant le Nord-Pas-de-Calais, elle sera désormais mal classée sur les deux critères avec une note "U(-)F(-)".

L'Aquitaine connaît exactement le même scénario en fusionnant avec le Poitou-Charentes et le Limousin, qui lui perd son rang de bon élève sur le chômage. La région Poitou-Charentes-Aquitaine-Limousin fait ainsi deux perdants sur trois, au final.

À l'inverse, trois régions bénéficient de cette nouvelle donne. La région Rhône-Alpes s'en sort bien sur l'emploi mais pas sur la gestion de ses finances publiques. Elle est notée "U(+)F(-)". En fusionnant avec l'Auvergne, elle y gagne au change puisque la nouvelle région est performante sur les deux critères "U(+)F(+)".

La Franche-Comté, elle, est mauvaise sur les deux tableaux "U(-)F(-)". Or la nouvelle région qu'elle forme désormais avec la Bourgogne a une bonne performance sur le chômage, elle est "U(+)F(-)". La Haute-Normandie, dont le cas a déjà été évoqué plus haut, améliore son score sur les finances publiques; elle passe de "U(-)F(-)" à "U(-)F(+)".

Toutes les autres régions ne gagnent ou perdent pas vraiment en fusionnant avec les autres. On notera toutefois que le Languedoc-Roussillon et le Midi-Pyrénées opèrent une "fusion entre égaux", avec la même force (une bonne gestion des finances) et la même faiblesse (haut taux de chômage).

On rappellera enfin que six régions ont vu leurs contours inchangés avec la réforme: la Bretagne, la région Provence Alpes Côte d'Azur, les Pays de la Loire, le Centre et l'Île-de-France. Et la Corse qui, elle, n'est pas incluse dans l'étude.

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Olivier Laffargue et Julien Marion