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Y’a-t-il une bulle spéculative autour de l’argent ?

Les pièces d'argent de la Monnaie de Paris vont-elles devenir des actifs recherchés sur les marchés ? Certains spécialistes prévoient une forte hausse des cours du métal précieux ces prochains mois.

Les pièces d'argent de la Monnaie de Paris vont-elles devenir des actifs recherchés sur les marchés ? Certains spécialistes prévoient une forte hausse des cours du métal précieux ces prochains mois. - François Guillot - AFP

L’or semble passé de mode quand il s’agit d’avoir des métaux précieux en portefeuille. Considérations monétaires, fin d’une bulle spéculative… les investisseurs cherchent de nouvelles idées, et l’argent semble être au cœur des préoccupations des marchés en ce moment.

Après la fièvre de l’or, va-t-on assister à une fièvre de l’argent ? En tout cas beaucoup d’ingrédients semblent être en place pour accréditer l’hypothèse. Déjà un cours qui commence à frémir +10% depuis le 1er janvier, après 6 mois de relative stabilité… Précédés d’une très forte baisse, -40% sur 3 ans.

Ensuite des informations concordantes qui tendent à prouver que certains gros intervenants de marchés sont en train de fourbir leurs armes pour partir à la chasse à l’argent physique. Pour des raisons techniques et fondamentales.

Rebond technique et perspectives prometteuses

Si on fait le tour des matières premières connues, face à la très forte baisse des cours de l’ensemble des métaux, minerai de fer, cuivre, et dans le sillage quasiment tous les autres, les spécialistes des matières premières n’ont plus vraiment de mouvement haussier à jouer. L’incertitude est totale du côté de la demande industrielle, au milieu d’une conjoncture économique où la prudence domine mondialement malgré des signes de reprise.

Et c’est vers l’argent qu’on se tourne, d’une part grâce à une certaine valeur monétaire, puisque le métal sert à battre monnaie. le métal offre une perspective de rebond technique après une longue période baissière, mais aussi face à une demande qui pourrait prendre, si le scénario suit, des proportions énormes.

La martingale de l’énergie solaire

En effet, outre la bijouterie, débouché traditionnel, l’argent bénéficie d’achats de masse du côté des secteurs de l’informatique où il est largement utilisé dans la fabrication des composants, mais aussi de l’industrie au sens large, ainsi que les technologies et équipements médicaux, secteur innovant en pleine expansion.

Reste encore un relais de croissance qui s’annonce spectaculaire : celui de l’énergie photovoltaïque, l’argent étant employé en grande quantité dans les composants de panneaux solaires. Selon les spécialistes du secteur, la demande en capacités d’énergie solaire va grimper de 30% cette année à 57 gigawatts au niveau mondial, dont 17 gigawatts supplémentaires rien que pour la Chine !

Effet d’étranglement

Ce sont des débouchés prometteurs pour les grands miniers, puisque ces chiffres de demande vont mobiliser 70 millions d’onces (2 millions de tonnes) d’argent pur, selon le cabinet de recherche IHS. C’est l’équivalent de 8% de la production minière totale de ces dernières années.

Et les grandes miniers qui ont eu tendance à réduire leurs capacité d’extraction et leurs investissements ces dernières années face à la baisse des cours pourraient être pris par surprise pas le phénomène, décuplant l’effet de rareté et faisant encore monter les cours.

La banque JPMorgan à l’affût

Du côté des financiers, peu sont encore enclins à jouer ce scénario. Exceptée… la plus grand banque d’affaire américaine. JPMorgan, selon les chiffres du cabinet GoldCore, spécialiste des métaux précieux, a accru ses stocks physiques d’argent d’1.5 millions de tonnes ces derniers mois.

Mieux, le cabinet pense que la banque aurait même mis la main sur un énorme stock de quasiment 10 millions de tonnes, information qui pour l’heure est impossible à confirmer.

Retour sur les niveaux de mai 2011 ?

On a donc là au moins un faisceau d’indices sérieux qui tend à prouver que quelque chose se passe autour de l’argent, ce qui provoque ce frémissement des cours depuis le début de l’année, mais que la tendance pourrait très vite s’accélérer et prendre des proportions spectaculaires très rapidement.

Les plus hauts historiques sur les cours de l’argent ont été touchés en mai 2011, à 48$ l’once, contre des cours actuels qui tournent autour des 17. Un potentiel de hausse qui devrait en séduire certains, soucieux d’investir dans un actif physique doté d’un sérieux effet de levier.

Antoine Larigaudrie