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Tabac : contrebande et hausse des prix

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Le rendement des droits sur le tabac a tendance à plafonner. En 2014, cela devrait rapporter 14 milliards d’euros à la Sécurité sociale.

Les taxes sur les cigarettes même si elles sont importantes, ont tendance à plafonner. On évalue le coût en termes de santé publique du tabagisme à 45 milliards. Certains voudraient encore augmenter dans ces conditions le prix des cigarettes ; le problème est qu’en procédant de la sorte, on rend la contrebande de plus en plus rentable.

En juillet, le prix des cigarettes a été fortement augmenter et pourtant, les recettes ne sont pas au rendez-vous...

En effet, il y a trois effets qui jouent : d’abord l’effet normalement recherché qui est de réduire la consommation de tabac. Cet effet est réel mais il est en général limité dans le temps. Après chaque hausse, on constate une baisse de la consommation puis progressivement les fumeurs s’habituent et la consommation repart. Ensuite, l’émergence des produits de substitution. En ce moment, on assiste à la montée en puissance des cigarettes électroniques. Le tabac se trouve ainsi menacé à la fois par son coût et par l’apparition d’une concurrence. Enfin, à ce niveau de prix, la contrebande redevient rentable pour le crime organisé. Le tabac a été pendant tout le XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle le produit de référence de la contrebande. Progressivement, celle-ci a baissé du fait d’un certain tassement du prix. Depuis une vingtaine d’années, les hausses répétées ont relancé le processus. Il y a de la contrebande « soft » qui consiste à aller acheter son tabac dans des « paradis fiscaux » du tabac. Dans le Sud, Andorre a retrouvé un rôle de grand marchand de tabac car le prix des cigarettes y est deux fois moins élevé qu’en France. Et allant en Italie, l’économie sur un paquet est de 25%. Le problème est qu’il y a de plus en plus de contrebande « hard », violente. Une des composantes de cette contrebande est la multiplication des attaques de buralistes attaques qui deviennent de plus en plus dramatiques.

On semble donc avoir atteint les limites de cette politique ; est-ce qu'il faut changer de pied ?

On pourrait continuer à augmenter les prix : en Norvège, les cigarettes coûtent deux fois plus cher qu’en France.
Il faut savoir ce que l’on cherche. Si c’est lutter contre le tabagisme, il faut compléter l’action sur le prix par une action d’éducation et un effort vers les substituts du tabac. Mais on doit aller plus loin dans lé réflexion sur ce type de produits. Le tabac est une drogue et la réflexion sur son commerce et sa production ne doit pas se faire indépendamment d’une réflexion sur l’alcoolisme et les drogues interdites assez abondamment consommées comme le cannabis.
Si le but est d’augmenter les recettes publiques, il est clair que l’on a atteint les limites du système. Encore augmenter le prix finit par coûter cher en douaniers et en policiers à mobiliser pour contenir le trafic. On pourrait déjà harmoniser les prix au niveau européen pour contrecarrer la petite contrebande.

Va-t-on vers cela ?

Pas vraiment. On vit sur des effets de mode. Le tabac qui a eu son heure de gloire est devenu un symbole du mal. Il est en ce moment plus montré du doigt que l’alcool qui garde sous forme de vin de haute qualité un prestige incontestable. En outre, F. Mitterrand disait que, quand on demandait au ministère des finances des propositions pour redresser la situation, à la fin des fins, après de multiples allers et retours, on obtenait juste trois mots « essence, tabac, alcool »…dont les hauts fonctionnaires proposaient d’augmenter les prix.

Jean-Marc Daniel