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Santé : Leclerc réclame le droit de vendre des médicaments

Les pharmaciens ne voient pas l'ambition de Leclerc d'un très bon oeil

Les pharmaciens ne voient pas l'ambition de Leclerc d'un très bon oeil - -

Le groupe Leclerc continue sa croisade en faveur de la libéralisation de la vente en grande surface des médicaments non remboursés. Si le concept plaît à ceux qui ont «peu de moyens», les professionnels de la santé renvoient chacun à «son métier.»

Le patron Michel-Edouard Leclerc a indiqué lundi sur Canal+ vouloir vendre des médicaments non remboursés dans ses magasins. La pratique reste pour le moment interdite, seules les pharmacies ayant le droit d'en vendre, ce qui n’a pas empêché le géant de la grande distribution, dont les magasins fournissent déjà de la parapharmacie, d’affirmer : « nous avons des pharmaciens [...] donc, à partir du moment où ils sont chez nous, nous ambitionnons de vendre des médicaments, notamment les médicaments qui ne sont plus remboursés, qui ne sont plus remboursables ».A l'heure actuelle, les Centres Leclerc exploitent 180 parapharmacies et emploient 210 docteurs en pharmacies.
Face à l’offensive, les pharmaciens d’officine restent prudents : « Ne jamais banaliser le médicament, il n'y a pas de sous médicaments », soulignait lundi Isabelle Adenot, présidente du conseil national de l'ordre des pharmaciens, expliquant que les pharmaciens dans les grandes surfaces ne sont « pas inscrits à l'ordre. » « Ceux qui sont dans les pharmacies sont inscrits à l'ordre, ils respectent la déontologie. Ils sont obligatoirement assurés et ils exercent dans une pharmacie contrôlée par l'Etat », a-t-elle ajouté.

« Moi aussi, je vais me mettre à vendre des tomates »

RMC est allé prendre la température à Issy-les-Moulineaux, en région parisienne. Certains clients se sont montrés enthousiastes, notamment sur la promesse de baisse des prix, d’autres ont déploré « la concurrence et la fermeture des commerces de proximité. » Poussée de fièvre côté pharmacien : derrière son comptoir, Frédéric Desmoulin défend farouchement son pré carré face aux ambitions du patron de Leclerc : « Je pense que la santé ne s’apprend pas comme ça. Moi aussi, je vais me mettre à vendre des tomates, des poireaux... chacun son métier ! » commente-t-il avec ironie.

« Les médicaments, ce n’est pas du chewing gum »

Michel, qui souhaite rester anonyme, est commercial dans un laboratoire pharmaceutique et vend des médicaments non remboursés aux officines. Il se montre plus que réservé sur l’éventualité d’une libéralisation : « Les médicaments, ce n’est pas du chewing gum, ni des légumes ni des fruits, ce sont des molécules choisies pour cibler un symptôme clinique, et Leclerc, ce n’est pas son métier. Il faut qu’il y ait en permanence un pharmacien et pas simplement un vendeur ou une vendeuse dans les rayons. Il faut vraiment qu’il y ait un conseil derrière. Après, reste à savoir si les prix seront plus bas qu’en pharmacie. En Italie, où Leclerc est déjà présent, les prix ont été rehaussés et les médicaments ne sont pas moins chers qu’en pharmacie ». De son côté, Michel Edouard Leclerc a affirmé : « le groupe va vendre moins cher, entre 25 et 30% par rapport à un prix d'officine. »
Le groupe lorgne aussi du côté de la vente de médicaments sur Internet, autorisée depuis le 1er janvier.

Claire Béziau, avec Victor Joanin