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Pourquoi les sociétés américaines empruntent en masse... en euros!

Coca Cola est l'une des nombreuses entreprises américaines à avoir emprunté en Euro depuis le 1er janvier. Plus de 27 milliards d'euros ont été levés, un record absolu.

Coca Cola est l'une des nombreuses entreprises américaines à avoir emprunté en Euro depuis le 1er janvier. Plus de 27 milliards d'euros ont été levés, un record absolu. - Doug Collier - AFP

Conséquence de la faiblesse de la monnaie unique par rapport au dollar et du niveau plancher des taux d’intérêt européens, les multinationales ayant leur siège aux Etats-Unis lancent de très nombreuses opérations de refinancement en euros. Le montant total atteint même un niveau record depuis le début de l’année.

Coca Cola, Mondelez, AT&T, ou encore le spécialiste du transport d'hydrocarbures, Kinder Morgan... On recense depuis le 1er janvier 2015, 24 opérations de refinancement en euros opérés par des groupes américains qui leur ont permis de lever, au total, un peu plus de 27 milliards d’euros. Un record absolu pour les entreprises américaines en si peu de temps. L’année dernière sur la même période, elles avaient emprunté 4 fois moins en euros.

Ces chiffres que fournit le cabinet Dealogic démontrent déjà une chose: les multinationales américaines n’ont pas attendu que le dollar fort n'entame profondément leurs bénéfices pour prendre des mesures afin de contrer les effets de devise.

Gros appétit du marché pour la dette d’entreprise

Le principal atout pour une entreprise américaine qui cherche à emprunter en euros sur le marché européen, c’est déjà de pouvoir se refinancer avec des taux vraiment très bon marché, avec une monnaie moins forte que le dollar et tout aussi crédible pour les investisseurs.

Une stratégie efficace. Ces opérations sont très largement souscrites, tant il y a de l’appétit pour les emprunts d’entreprise, généralement mieux rémunérés que la dette d’état. Nestlé est un bon exemple, le géant suisse en vient à emprunter à taux négatifs sur 5 ans!

Se protéger des effets de change

Mais l’autre aspect intéressant pour ces entreprises, c’est que la plupart du temps l’argent emprunté reste dans les filiales européennes, un peu comme une protection financière. Elles sont ainsi certaines que l’activité de ces structures européennes ne pèseront pas sur les comptes généraux de la maison-mère, puisqu’elles sont refinancées par des prêts en euros, monnaie locale. C'est tout bénéfice pour des entreprises qui doivent désormais lutter pour protéger leur rentabilité, face aux effets de change favorables et au différentiels de taux et de devises qui commencent à devenir franchement problématique. D’où, donc, leur appétit pour ce genre d’opérations.

L’exemple brésilien

Mais vu que ce contexte monétaire est appelé à durer, ce phénomène devrait prendre encore bien plus d'ampleur. Il suffit notamment de se souvenir comment il y a 10 ans certaines entreprises s'étaient installées en masse au Brésil, pour profiter d’un marché en pleine croissance. On ne parlait plus que du marché brésilien, de ses perspectives mirifiques et de l’opportunité d’acquérir des partenaires là-bas, voire d’y installer des outils de production. Ce fut notamment le cas de Vallourec.

Vers une vague d’opérations en Europe ?

L’eldorado brésilien s’était révélé être beaucoup plus compliqué que prévu, puisque le brusque afflux d’investisseurs étrangers et la nature spécifique de sa situation économique avaient entraîné une flambée de la monnaie locale, le réal, refermant un piège complexe autour des entreprises qui avaient prévu de s'y installer pour longtemps.

Qu'en est-il pour l'Europe ? Face à un contexte monétaire plus stable et des perspectives économiques plus claires, alimentées par des conditions de financement très avantageuses, on peut anticiper des mouvement de rachats de grosses multinationales en Europe, de la part de sociétés américaines, ou même chinoises (le rachat du fabricant de pneus Pirelli par le chimiste chinois CNCC revêt un important aspect "investissement en Euros")

Et comme les multinationales les plus touchées par les effets de devises défavorables sont avant tout américaines et très présentes sur le marché européen dans des secteurs où il y a des opportunités de rachat (biens de consommations, high-tech, industrie), on va sans doute voir se multiplier ces emprunts en euro. Un argument supplémentaire pour anticiper une vague de fusions-acquisitions.

Antoine Larigaudrie