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Pour ces traders, la fin de Yahoo Messenger est une tragédie

Malgré l'émergence de très nombreux systèmes de messagerie instantanée, le petit monde du pétrole reste attaché à Yahoo Messenger depuis 18 ans, et entend le rester !

Malgré l'émergence de très nombreux systèmes de messagerie instantanée, le petit monde du pétrole reste attaché à Yahoo Messenger depuis 18 ans, et entend le rester ! - Chris Hondros - Getty Images North America - AFP

"Quasiment plus personne n'utilise la messagerie instantanée historique de Yahoo, qui a tenté de lui donner un coup de jeune en prévoyant d'en finir avec l'ancienne version. Une catastrophe pour une grande partie de la communauté financière. Explications."

C’est à croire que le sujet passe au premier plan, avant même les prix du Brent ou du WTI, des quotas de production de l’OPEP ou de la situation de l’industrie américaine du gaz de schiste. La disparition très probable du vénérable Yahoo Messenger, après 18 ans de bons et loyaux services, est quasiment devenue LE sujet de préoccupation numéro 1 des traders qui opèrent sur le marché des matières premières.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, malgré les innombrables systèmes de chat qui ont émergé depuis, les multiples acteurs qui, partout dans le monde, opèrent sur le marché du pétrole sont toujours restés fidèles à Yahoo Messenger. A tel point qu’il est devenu un outil absolument indispensable, et qu’il le reste encore aujourd’hui. 

C'est là ou se "fait" le marché pétrolier

Traders, mais aussi opérateurs de pipe-line, affréteurs, banquiers, assureurs et même les opérateurs de ports et de terminaux pétroliers, n'ont d'yeux que pour cette messagerie historique. "Vous ne pouvez pas sérieusement faire votre métier sur ce marché si vous n’avez pas Yahoo Messenger sur votre PC ou votre smartphone", confie même un investisseur. C’est ici que se "fait" le marché, à travers les discussions entre opérateurs, débats de tendance et de prévisions, rendez-vous professionnels, déjeuners d’affaires, etc. 

Tout irait pour le mieux si Yahoo n'était pas très tenté de fermer cette messagerie, pionnière dans les années 2000, mais aujourd'hui totalement délaissée par la masse des internautes. Le groupe a d'ailleurs conçu une nouvelle plate-forme plus pratique, plus moderne et plus fonctionnelle.

Problème pour la communauté financière, ce nouveau système ne les intéresse pas. Ils restent viscéralement attachés à leur Yahoo Messenger adoré, dont l’ergonomie leur convient parfaitement, et qui suffit très largement à leurs besoins. Plus pratique et plus discret notamment que les messageries inventées par les éditeurs de logiciels financiers Bloomberg ou Reuters. En fait, parmi les alternatives -WhatsApp, Facebook Messenger etc...- aucune n’a trouvé grâce aux yeux des traders pétroliers, qui sont tellement attachés à leur Yahoo Messenger qu’ils font figurer leur identifiant Yahoo sur leur carte de visite. 

Des "conversations" enregistrées

Le problème est d'autant plus crucial que la nouvelle mouture de la messagerie de Yahoo ne correspond absolument pas aux usages du petit monde du marché pétrolier, notamment en termes de transparence et de conformité aux règles financières. En effet, sur leur cher Yahoo Messenger, l’ensemble des conversations tenues sont enregistrées et consultables en cas de soupçons sur d’éventuels délits d’initiés, ou échanges prohibés d’informations confidentielles. Le nouveau ne répond pas du tout à ces critères, et reste par conséquent inutilisable pour les métiers de la finance.

Mais on voit mal Yahoo laisser fonctionner à fonds perdus une technologie obsolète, fut-elle indispensable à une industrie brassant des dizaines de milliards de dollars par jour. Les grands négociants de pétrole planchent donc sur des solutions alternatives. Certains d'entre eux sont même prêts à financer des start-up capables d’inventer un système similaire...

Antoine Larigaudrie