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Pétrole: vers une nouvelle plongée des cours?

L'état des réserves et de l'appareil de production américains pourraient être à l'origine d'une nouvelle forte baisse des cours.

L'état des réserves et de l'appareil de production américains pourraient être à l'origine d'une nouvelle forte baisse des cours. - David Mac New - Getty Images North America - AFP

Malgré sa stabilisation et son petit rebond depuis le mois de janvier, le pétrole semble être en proie à un nouvel accès de faiblesse. En témoignent les dernières études de l’Agence Internationale de l’Energie et de Goldman Sachs, prévoyant une 2ème phase de correction, aussi violente que la première.

Un baril de brut en direction de 30 ou même des 20 dollars. Voilà rien de moins que ce que propose dans sa dernière étude la banque d’affaires Goldman Sachs (quelques mois au passage après avoir prévu sa remontée vers les 200$...). Mais il semble clair qu’après une baisse de près de 50% depuis juillet dernier, une stabilisation fin janvier, et une remontée assez nette depuis, le pétrole semble pris d’un brusque nouveau coup de faiblesse.

En une semaine, le baril de brut léger américain WTI a perdu pas loin de 10%, et le Brent continue sa correction après avoir lâché les 60 dollars en fin de semaine dernière. On a toujours un écart très net entre les deux qualités, d’une dizaine de dollars, cette correction se fait donc selon des considérations un peu plus fondamentale, mais elle semble bien présente et n’en serait qu’à ses débuts.

Effets de stockage

En gros, revoilà les cours revenus à leur niveau de rebond de la fin janvier, avec un plus bas signé par le WTI à 43 dollars. Et c’est bien du côté de l’Amérique que se situe à nouveau le problème. Déjà la nature de ce rebond des prix paraît bien fragile.

Selon la dernière note de l’Agence Internationale de l’Energie, le petit rebond auquel on a eu droit ces dernières semaines était davantage dû à des opérations à bon compte effectuées par des acheteurs soucieux d’acheter du pétrole pas cher, pour le stocker en attendant meilleure fortune.

Marge de correction importante sur le WTI

Hypothèse accréditée par les chiffres des réserves américaines, toujours croissantes, malgré des niveaux jamais vus depuis 80 ans. Et parallèlement, l’AIE en est sûre, l’appareil de production notamment de pétrole de roche américain, ne s’est pas encore assez restructuré pour que ça puisse avoir des effets sur l’offre et la demande, ainsi que sur les cours réels.

Il reste donc une marge très importante de correction sur les prix du baril américain, sans compter les effets de changes induits par la montée continue du dollar, effets d’arbitrages souvent très volatiles et imprévisibles.

Rechute plausible

Car parallèlement les observateurs notent que l’appareil de production en Mer du Nord, lui, organise une restructuration long terme de dimension colossale, qui a déjà un effet sur les cours, tant l’écart entre WTI et Brent s’est à nouveau creusé depuis le rebond de fin janvier.

Du coup le scénario d’un baril WTI qui tomberait du côté des 30 ou 20 dollars peut s’avérer plausible, d’autant qu’en l’absence de forte volatilité des marchés actions, obligataires et autres, beaucoup de fonds d’arbitrages sont allés jouer sur le marché des matières premières, et notamment le marché pétrolier, où il reste des mouvements de cours suffisamment brusques et importants pour être joués.

L’OPEP reste silencieuse

Et même si les fondamentaux d’offre et de demande restent toujours en faveur d’une fermeté du Brent et d’une faiblesse du baril américain, une chute brutale de ce dernier provoquerait des réalignements du même ordre sur l’ensemble des qualités de brut cotées sur le marché.

L’OPEP et l’Arabie Séoudite pour l’instant restent silencieuses, rivées sur leurs positions selon lesquelles c’est avant tout à l’Amérique d’agir et de s’adapter. Mais si la tendance se poursuit, il ne faudra pas s’étonner de voir le cartel s’exprimer à ce sujet et éventuellement mettre un coup d’arrêt au phénomène.

Car même si les pays de l’OPEP profitent du mouvement actuel pour acheter à bas prix et stocker, il reste dans l’intérêt de tous que les cours remontent… 

Antoine Larigaudrie