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Pétrole: le Brent à nouveau sur ses plus hauts de l'année

Des espoirts de réduction de la production en Mer du Nord et un souffle de renouveau en Arabie Saoudite, tels sont les ingrédients de la nette hausse des cours du brut ces dernières semaines.

Des espoirts de réduction de la production en Mer du Nord et un souffle de renouveau en Arabie Saoudite, tels sont les ingrédients de la nette hausse des cours du brut ces dernières semaines. - Marwan Naamani - AFP

A 67 dollars, le baril de pétrole de Mer du Nord a retrouvé son niveau du début de l'année. Cette remontée progressive et sensible préfigure sans doute ce qui pourrait se passer ces prochains mois en Arabie Saoudite.

20 dollars de gagnés en 4 mois et demi! Le Baril de Brent signe une très belle performance ces dernières semaines, confirmant le rééquilibrage entamé après la très forte chute de l’année dernière. Et les marchés apprécient, d’autant que cette tendance régulière et progressive met un terme à un plongeon sans limite à la baisse, débuté l'année dernière.

Le plus étonnant est que pour le moment tout ceci ne s’accompagne pas encore de signes tangibles dans les chiffres de production, de stock et d’approvisionnement. On est pour l’instant déjà sur un mouvement technique net. On a fait baisser les cours du côté des 40 dollars sur toutes les qualités de brut, et c’est le support que les investisseurs ont choisi pour racheter leurs positions.

Espoirs en Mer du Nord

Mais la nature de ce mouvement, très régulier depuis la mi-janvier, démontre que le marché croit en une amélioration des fondamentaux d’offre et de demande. Un sentiment diffus que la restructuration de l’appareil de production mondial -particulièrement celui de Mer du Nord- va porter ses fruits et qu’on va en finir avec la situation actuelle de surapprovisionnement.

Pas étonnant que ce soit plus sensible sur le Brent, vu que la mer du Nord est la zone où les grands pétroliers ont annoncé le plus de plans de restructuration, de fermetures de plate-forme et de réduction générale des capacités. La situation aux Etats-Unis est bien différente et même plutôt floue, notamment face aux difficultés d’obtenir un panorama fiable de la production de gaz de schiste.

Changement de ton à venir en Arabie Saoudite ?

Mais un autre facteur est en train de jouer, et il est à chercher du côté de l’Arabie Saoudite. Le nouveau Roi Salman depuis quelques semaines a entamé un processus de reprise en main de l’ensemble des outils de pouvoir du pays. Et évidemment, le producteur de pétrole national, Saudi Aramco, est le premier concerné.

Le roi y a bombardé directement à la tête de la compagnie (toujours considérée comme l’entreprise plus riche du monde) un de ses héritiers, le Prince Amin Hassan Nasser. Et les observateurs locaux y voient le signe d’une profonde mutation à venir des prérogatives et du rôle stratégique essentiel que Saudi Aramco joue au cœur de l’économie du Royaume.

Un "Nouveau Saudi Aramco" en devenir

En effet, beaucoup estiment que le pétrolier national va pouvoir, d’une certaine manière, gagner un peu d’indépendance. Et le fait que le roi place à sa tête un Prince héritier est un signe particulièrement fort.

"On va sans doute assister à la naissance d’un nouveau Saudi Aramco", dit le Dr. Mohamed Ramady, professeur d’économie à l’Université Royale Fahd, cité par le journal saoudien Asharq Al-Awsat. "Jusque-là, Saudi Aramco était considérée comme un simple producteur, aux ordres directs du Ministère du Pétrole du Royaume. Mais désormais le groupe va gagner en autonomie, avec un conseil d’administration de plus en plus décisionnaire en direct", ajoute-t-il.

Vers les 70 dollars?

Et dans le contexte actuel qui reste celui d’un marché très bien approvisionné globalement, et sur lequel va progressivement arriver ces prochains mois le pétrole iranien, après plusieurs années d’embargo, beaucoup d'experts imaginent une Aramco plus offensive et plus flexible sur sa stratégie de production, de nature aussi à engager un dialogue global entre l’OPEP, sont les Saoudiens sont leaders incontestés, et le reste des pays producteurs, notamment bien sûr les Etats-Unis.

Des hypothèses de marché pour le moment, mais qui misent sur des changements suffisamment significatifs pour être joués à la hausse sur les prix du brut. Le mouvement pourrait encore durer plusieurs semaines, et certains analystes de Wall Street parient désormais sur une remontée à 70 dollars.

Antoine Larigaudrie