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Pétrole : l’Arabie Saoudite remet la pression

Ali Al-Naimi, Ministre du Pétrole d'Arabie Saoudite, estime qu'un effort coordonné des pays OPEP et non-OPEP est nécessaire, si l'on souhaite stabiliser les cours.

Ali Al-Naimi, Ministre du Pétrole d'Arabie Saoudite, estime qu'un effort coordonné des pays OPEP et non-OPEP est nécessaire, si l'on souhaite stabiliser les cours. - Yasser Al-Zayyat - AFP

Le coup de faiblesse que pressentaient les analystes concernant les cours du brut est sans doute en train de se matérialiser avec les dernières déclarations de l’Arabie Saoudite. Le premier pays producteur de l’OPEP se dit désormais prêt à réfléchir à une réduction de production, mais certainement pas seul.

On est dans le domaine de la nuance, mais le léger changement de discours de l’Arabie Saoudite dimanche constitue un changement important. Jusqu’à présent, elle était opposée à quelque action que ce soit sur ses quotas de production. Mais les déclarations du ministre du pétrole ce lundi semblent ouvrir la porte à une inflexion. 

Jusqu'à présent, il était hors de question de jouer sur la production pour tenter d’enrayer la chute continue des prix. Le Royaume est dans une logique de production de masse et souhaite conserver ses parts de marché intactes. Tout juste le pays applique-t-il des tarifs à deux vitesses à l’export, plus chers pour l’Asie notamment, et bon marché pour l’Amérique qui croule déjà sous le pétrole de roche et des stocks historiques.

"Nous avons essayé…"

Mais voilà que le discours s’adoucit. Le pays estime avoir tout fait pour lancer une grande négociation mondiale et permettre un coup d’arrêt à la chute des prix. "Nous avons essayé, nous avons tenu des réunions", dit le ministre saoudien du Pétrole, Ali Al Naimi. "Mais à chaque fois, on nous a fait comprendre que c’était à l’OPEP qu’incombait la charge de réduire sa production en priorité. Nous refusons de faire cet effort tout seul", ajoute-t-il, en remarquant que 70% du pétrole est produit par les pays non-OPEP, contre 30% pour les pays du Cartel.

Prise de conscience

"Tout le monde doit participer, si nous voulons que la situation des cours s’améliorent", a indiqué ce lundi le ministre saoudien du pétrole, Ali-al-Nouaïmi. Le changement est de taille: en une phrase, l’Arabie Saoudite rompt avec son opposition frontale et permanente à toute décision en matière de production. Le Royaume reconnaît le problème et admet qu’une réflexion à ce niveau serait utile. Même il appelle à une initiative globale.

Les Etats Unis otages du pétrole bon marché

Les analyses se multiplient pour dire que, malgré les annonces de baisses de capacités de production aux Etats Unis, les décisions prises ne sont pas suffisamment fortes pour avoir un effet tangible sur les cours.

La pression reste à la baisse, car malgré une forte réduction des forages de roche (40-45% en quelques mois), la productivité de ces forages est tellement excellente que la production réelle ne varie que très peu.

La stratégie du stockage

L’Amérique croule donc sous le pétrole à bas prix. D'autant que les stocks sont toujours à des plus hauts niveaux historiques, à tel point qu’il y devient difficile désormais de stocker davantage! Les Etats-Unis semblent arriver à court de capacités de stockage…

Mais entre ces deux méga-puissances pétrolières se joue également un jeu de poker menteur. Les mouvements actuels rendent très intéressants les achats de pétrole peu cher, en vue de le stocker pour le revendre plus cher une fois les cours remontés. 

Question de timing

Les deux mastodontes de l'or noir semblent pouvoir s’adapter sans aucun problème à des prix qui vont rester bas pendant encore un long moment. L’Arabie Saoudite a toujours dit que même un baril à 20 dollars ne lui posait aucun souci. L’état de la production américaine semble démontrer la même chose.

Encore faut-il impulser le mouvement de remontée a un moment donné, qui pour l’instant paraît totalement hypothétique. Mais ce premier tout petit changement de discours du côté de l’Arabie Saoudite pourrait être un signe beaucoup plus positif qu’il n’en a l’air.

Antoine Larigaudrie