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Obligataire: nouvelle détente spectaculaire en zone Euro

Hier après-midi, le rendement des dettes portugaise et américaine à 10 ans se sont croisés autour des 2,1%

Hier après-midi, le rendement des dettes portugaise et américaine à 10 ans se sont croisés autour des 2,1% - Patricia De Melo Mereira - AFP

L’espoir d’un dénouement rapide de la crise grecque anime le marché action, mais la confiance des investisseurs se lit aussi sur les rendements des dettes européennes, qui atteignent des niveaux spectaculaires.

Le relativisme monétaire du moment, cette guerre des taux lancée par les grandes banques centrales pour soutenir l’économie mondiale, commence à avoir des répercussions pour le moins étonnantes dans le paysage obligataire européen.

Ce marché est (sensé être) un peu le juge de paix de la solidité financière et de la crédibilité des Etats aux yeux de la communauté financière. Et on assiste en ce moment à des phénomènes pour le moins étonnants, en particulier sur les emprunts 10 ans.

Le baromètre des taux grecs

Plus on est acheteur d’emprunts, plus leur rendement baisse. Et donc plus on montre de confiance vis-à-vis du pays concerné. Ce qui rend les mouvements d’hier encore plus significatifs.

Déjà le taux de la dette grecque, qui a corrigé d’un coup de 65 points de base, sous les 9% à 8,92%. Alors qu’il y a encore quelques semaines, les tensions et le doutes l’avaient propulsé à 11%. Certes, le marché secondaire sur la dette grecque est très peu liquide et n’a qu’une valeur très indicative, mais le mouvement en dit long sur l’état d’esprit des marchés.

Détente en Italie et en Espagne

Très significatif aussi le mouvement sur le reste des dettes dites "périphériques", celle des pays du Sud de l’Europe. Il y a encore quelque temps, la sphère économique craignait que le parti Syriza ne fasse des émules, et provoque une volonté générale de renégocier la dette de tous les pays étant sous le coup de mesures de soutien européennes.

Le résultat, c’est qu’hier les taux des dettes espagnoles et italiennes à 10 ans étaient toutes deux autour d’1,4/1,5%, alors que parallèlement le rendement des emprunts britanniques de même durée s’est tendu à 1,8% !

France et Allemagne valeurs sûres

La cerise sur le gâteau, le rendement des emprunts portugais, qui se sont retrouvés pendant quelque temps au même niveau de rendement que le taux de la dette américaine, autour des 2,1% ! Quant aux emprunts allemands et français, leur rendement reste parmi les plus bas de la zone euro, respectivement 0,35 et 0,59 hier, constituant le peloton de tête des pays jugés les plus solides, les valeurs sûres de la zone.

De là à estimer qu’investir dans de la dette espagnole ou italienne plutôt que dans des bons du trésor britannique, il y a un pas… pas plus que faire la même comparaison entre les dettes portugaises et américaines ! Mais au-delà de fondamentaux économiques diamétralement différents, de situations budgétaires et de perspectives économiques différentes, les marchés délivrent un message.

Toute la pression est sur la FED

La BCE est en train, avec ses programmes de soutien au marché, de redessiner la carte des priorités en terme d’investissement, et réussit pour le moment son pari, à savoir de lancer le premier étage de la fusée, avant qu’une amélioration de la conjoncture ne vienne prendre le relais.

Un bémol toutefois, au vu du différentiel de taux et de croissance, toute la pression est désormais du côté de la FED, prise entre deux feux : relever ses taux pour prendre acte de l’amélioration sensible des conditions économiques aux Etats-Unis, tout en tenant compte de ces disparités monétaires. Un relèvement prématuré de ses taux pouvant avoir plus d’effets négatifs que positifs.

Antoine Larigaudrie