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Marché obligataire: la tension devient globale

Après la BCE, ce sont maintenant la FED et même la Banque du Japon (ici son Gouverneur Haruhiko Kuroda) qui sont l'objet d'un giganteque test de crédibilité de la part des marchés.

Après la BCE, ce sont maintenant la FED et même la Banque du Japon (ici son Gouverneur Haruhiko Kuroda) qui sont l'objet d'un giganteque test de crédibilité de la part des marchés. - Kazuhiro Nogi - AFP

Après un coup de force sans précédent contre les dettes souveraines européennes jeudi dernier, la tension monte partout dans le monde sur les taux. Le défi aux grands banquiers centraux et aux politiques monétaires agressives du moment.

Est-ce qu’on en a fini avec le concept d’argent gratuit ? C’est en tout cas le message que semblent vouloir adresser les investisseurs aux grandes institutions monétaires du monde, à travers un mouvement de vente massif sur les obligations du monde entier.

Le mouvement a commencé par une attaque en règle jeudi dernier sur le rendement de la dette allemande, qui a tiré à la hausse tous les taux européens, particulièrement français, italiens et espagnols.

Après l’Europe, les Etats-Unis

Mais le phénomène se poursuit désormais sur toute la planète, spécifiquement sur les zones où les banques centrales sont le plus pro-actives, notamment via des politiques agressives de rachats d’actifs destinées justement à garder des taux les plus bas possible.

Ce fut notamment le cas hier sur les taux américains, qui ont grimpé à 2,3%, même la dette à 30 ans a dépassé le cap des 3% de rendement. Certes sont revenus sur le tapis les avertissements de la semaine dernière de la patronne de la FED, Janet Yellen, concernant le bon timing de relèvement des taux, pour éviter une envolée quand la normalisation monétaire commencera.

Japon et Suisse embrayent !

Mais la logique de masse, d’ensemble de ce mouvement de vente massif sur les obligations souveraines s’est confirmé un peu partout, même ce matin les emprunts japonais ont eux aussi vu leur rendement grimper du côté des 0,4%, alors que la Banque Du Japon est sans doute la plus volontaire dans sa stratégie de taux nuls ou quasi-nuls.

Enfin plus anecdotiquement, le rendement des emprunts suisses à 10 ans est repassé légèrement dans le vert, alors que depuis quelques temps le pays est un des premiers à voir sa dette à 10 ans assortie d’un taux légèrement négatif.

Test majeur pour les banques centrales

On a l’impression d’être entré en phase 2 de cette grande phase de tests des politiques monétaires des banques centrales. La première a vu de grandes institutions financières décider que le moment était venu de vendre de la dette en masse, et que le moment actuel était le meilleur. Mais cette stratégie était centrée sur la zone euro et particulièrement l’Allemagne, sa locomotive économique.

Là le mouvement s’amplifie avec la suite, l’ensemble des marchés qui continue ce test en le généralisant à l’ensemble des zones soumises à des politiques monétaires visant à ce que l’argent gratuit ou presque coule à flot.

Impact sur les "valeurs-taux "

Un mouvement qui occasionne une volatilité assez extraordinaire sur les marchés de taux, qu’utilisent les états souverains pour pouvoir se financer, mais aussi pas mal d’entreprises. La preuve, quand les taux se mettent à grimper trop vite et trop fort sur le marché, le marché action a tendance à baisser lui aussi, entraîné par les actions des sociétés fortement endettées. Le coût de leurs financements augmente mécaniquement, ainsi que leurs frais financiers.

C’est pourquoi les grandes sociétés foncières, les grandes holdings du type Vivendi ou les grosses sociétés industrielles dont les flux d’activité de calculent sur plusieurs années, financés par de grands plans et de la dette, sont celles qui logiquement souffrent le plus.

La Grèce dans le collimateur

Ce genre de tests et d’offensives sur le marché obligataire risque de durer un bon moment. Déjà parce que l’hypothèque grecque continue d’alimenter les incertitudes autour de la zone euro. Mais au-delà de ce facteur précis, c’est toute une manière d’élaborer les stratégies de politique monétaires qui sont attaquées.

Le but est bien évidemment encore de rééquilibrer les intérêts des banques centrales, qui veulent œuvrer pour la croissance et la conjoncture, et ceux des institutions financières qui sont le rouage de transmission de cette politique, qui souhaitent aussi un niveau de taux au moins équilibré pour conserver de la rentabilité.

Reste que tout ceci induit un risque majeur, celui d’affaiblir à court terme des Etats qui comptent sur la marge de manœuvre offerte par le niveau des taux. Et les prochaines réunions de politique monétaire de la BCE, de la FED et de la Banque du Japon risquent de constituer des rendez-vous capitaux, plus par l’attitude des banquiers centraux face à ce défi sans précédent, que par leur action monétaire en elle-même.

Antoine Larigaudrie