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Le coronavirus a bousculé la stratégie des fonds misant sur les "méga-tendances" de long terme

Les fonds "mégatrends" misent désormais davantage sur la tech et moins sur la mondialisation.

Les fonds "mégatrends" misent désormais davantage sur la tech et moins sur la mondialisation. - Jason Briscoe/Unsplash

Les fonds dits "mégatrends", qui investissent en fonction des grandes évolutions à venir, ont dû s'adapter à la nouvelle donne avec l'arrivée du Covid-19.

Les fonds spécialisés dans les investissements de long terme ont dû revoir une partie de leurs choix en raison de la crise du Covid-19, s'éloignant des entreprises trop liées à la mondialisation. Ces fonds, dits "mégatrends", sélectionnent les entreprises qui, selon eux, correspondent le mieux aux changements anticipés dans les prochaines décennies, comme par exemple les évolutions démographiques et la fin des ressources fossiles, ou qui parviendront à s'y adapter.

"Ce sont des mouvements que l'on estime irréversibles. Nous en avons identifié quatre: le vieillissement de la population, la raréfaction des ressources naturelles, les ruptures technologiques et la mondialisation", détaille à l'AFP Guillaume Di Pizio, gérant du fonds mégatrends de Dauphine Asset management. Cela n'empêche pas les performances de court terme: la plupart de ces fonds, comme ceux également proposés par Pictet, Natixis ou Sanso, sont redevenus rentables sur l'année 2020 depuis l'été, malgré la chute des indices en mars.

Le poids du secteur technologique renforcé

A l'intérieur du fonds géré par Guillaume Di Pizio, la répartition des investissements entre les différentes thématiques fluctue, mais aucune ne peut représenter moins de 10% ou plus de 40% des actions. Logiquement, les actions identifiées mondialisation ont fortement décru depuis le début d'année. A l'inverse, les technologies représentaient plus de 35% des investissements en septembre.

"La croissance des échanges (commerciaux mondiaux) était en moyenne 1,5 fois plus rapide que celle de la production ces quarante dernières années. Mais la crise affecte beaucoup cette tendance, voire peut la remettre en cause", estime Stéphane Nières-Tavernier, qui gère le fonds Mégatrends de Toqueville, appartenant à la Banque Postale.

Au-delà des quatre grandes tendances, qui sont communes dans bon nombre de fonds spécialisés, c'est dans les sous-catégories que les ajustements sont les plus forts. "Dans notre catégorie +échanges+, nous avons modifié nos investissements" en les redirigeant en partie "vers des sociétés de transport locales ou régionales, qui ont été favorisées par l'essor du commerce en ligne", explique ainsi Stéphane Nières-Tavernier. A l'inverse, le secteur aérien a été délaissé.

Gare aux bulles et effets de mode

Par nature, les fonds mégatrends visent plutôt les valeurs dites de croissance, dont l'activité est moins dépendante de la conjoncture économique, comme la technologie ou le luxe. Ces valeurs ont réalisé de meilleures performances sur la dernière décennie et ont été renforcées avec la crise sanitaire, au contraire des titres industriels ou bancaires.

On se doit d'être créatif. Par exemple on peut investir sur l'énergie, mais on doit alors trouver des sociétés qui font de meilleures performances dans le temps, comme les renouvelables", illustre Stéphane Nières-Tavernier.

L'objectif: trouver les créneaux de demain sans tomber dans les effets de mode. "On n'investit pas dans des entreprises pour donner un chèque en blanc à un PDG visionnaire", souligne Guillaume Di Pizio. Il redoute principalement les "bulles" qui peuvent gonfler dans des domaines perçus comme ayant un gros potentiel de développement dans l'avenir.

"Il faut que la thématique soit porteuse et créatrice de richesses, une niche amenée à se développer dans le temps, poursuit-il. Par exemple, on va investir dans des entreprises autour de la production de lithium plus que sur celles produisant des batteries pour l'automobile. Et on joue des acteurs leaders dans un secteur, qui en sont le fleuron."

JLD avec AFP