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La fin de la bourse de Paris ?

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Économistes, entreprises et petits actionnaires s'alarment du désintérêt croissant pour la bourse de Paris. Le nombre de sociétés cotées diminuent chaque année et de moins en moins d'entreprises passent par la place de Paris pour se financer. Avec des conséquences sur les PME et la croissance.

La Bourse de Paris est-elle en train de mourir ? Victime de la crise, de sa mauvaise image et de la dérégulation financière, la place de Paris, premier marché boursier de la zone euro, vit des jours difficiles. Il y a 20 ans, 786 sociétés étaient cotées en bourse, elles n’étaient plus que 586 l’an dernier. Par ailleurs, la bourse de Paris n’intervient plus que pour moins de 6% dans le financement des entreprises. C’était 40% en 1998 et 25% en 2002. Et le Cac 40, qui représente la somme des valeurs boursières des 40 plus grosses sociétés françaises, stagne à un niveau historiquement bas après des années de faste au début des années 2000.

« Le reflet des entreprises françaises qui souffrent de la crise »

« La bourse, elle ne fait que s'échanger des acheteurs et des vendeurs d'actions d'entreprises, explique Jean-François Romain, économiste de marché chez Natixis. Et pour valoriser ces actions on regarde les bénéfices attendus par ces entreprises-là. Il est évident que si vous avez une crise économique comme c'est le cas aujourd'hui, les valorisations de ces actions d'entreprises ont baissé. Donc le Cac 40, qui est le reflet de la somme de ces valeurs a lui aussi mécaniquement baissé. C'est ça qui explique la baisse du Cac 40, ce n'est pas parce que le Cac 40 est en train de mourir. C'est juste le reflet des entreprises françaises qui souffrent de la crise ».

« C’est dangereux que la bourse stagne »

Christian Poyau, membre fondateur de "Croissance Plus" (une association d'entrepreneurs) et PDG de Micropole Univers s’inquiète de ce désintérêt pour la place de Paris : « Les entreprises se financent de différentes manières. Soit on va demander de l'argent à sa grand-mère, soit après on va demander à des fonds d'investissements, soit après on va se coter en bourse. Et depuis 2-3 ans la cotation en bourse est quasiment interrompue, donc c'est effectivement dangereux que la bourse stagne. Il ne faut pas avoir une vision dure de la bourse et penser qu'il n'y a que la spéculation. La bourse, c'est avant tout un moyen de se financer pour les entreprises et notamment les PME. Et aujourd'hui ce moyen-là est tari donc ça réduit les capacités de financement des PME françaises ».

« Ça bloque la croissance des entreprises »

Mais il n’y a pas que les entreprises qui se détournent de la bourse de Paris. Les petits actionnaires, eux aussi, n’ont plus confiance. Au grand regret de Didier Cornardeau, président de l’APPAC (Association des Petits Porteurs Actifs) : « Derrière la bourse de Paris il y a une crise économique, et derrière cette crise économique il y a une crise de moralité, donc il y a une perte de confiance totale dans le système boursier français. Si on laisse perdurer cette situation, on assistera à une fuite des petits porteurs de la place de Paris. Ce qui est dommage parce que cet argent des petits porteurs pourrait servir justement à la croissance, à investir. Cet argent-là n'est plus dans le circuit et ça bloque la croissance des entreprises. Du coup, on arrive sur un blocage total de l'économie ».

La Rédaction