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Fusions-acquisitions: ces dizaines de milliards qui agitent le marché

L'OPA amicale de Shell sur BG, l'ex-British Gas, pour 63 milliards d'euros, constitue pour le moment la plus grosse transaction de l'année.

L'OPA amicale de Shell sur BG, l'ex-British Gas, pour 63 milliards d'euros, constitue pour le moment la plus grosse transaction de l'année. - Ben Stansall - AFP

En moins de 24h, ce sont près de 90 milliards d’euros d’opérations confirmées ou non qui alimentent les spéculations sur le marché. Ajoutées aux politiques monétaires des banques centrales, elles constituent un des principaux moteurs de tendances des marchés financiers.

Des dizaines de milliards d’interventions des banques centrales… et des dizaines de milliards d’opérations financières en préparation ! Conditions de financement ultra-favorables, politiques monétaires accommodantes… Malgré des valorisations boursières jugées sans doute un peu élevées en ce moment, le flot de nouvelles actuel prouve que la fenêtre de tir est rêvée pour lancer des offensives et des opérations de fusions-acquisitions.

A peine sortis de l'annonce du mariage Fedex-TNT, c’est dans le domaine de l’énergie que se tient la plus grosse offensive, Shell qui lance une offre amicale sur BG, l'ancien British Gas, pour 64 milliards d’euros. La plus grosse opération de l’année jusque-là, et sans doute très signifiante de ce qui est en train de se passer dans le secteur de l’énergie.

La restructuration énergétique se poursuit

Shell, pur pétrolier, va mettre la main sur une grosse société diversifiée notamment dans le gaz, avec de très gros programmes d’exploration déjà budgetés, notamment dans des zones où Shell entend se renforcer, et particulièrement sur le secteur du gaz naturel, dans des zones telles que l’Egypte, le Kazakhstan, le Brésil, ou l’Afrique.

Un redéploiement industriel et géographique rendu nécessaire par la forte baisse des cours du brut ces derniers mois, obligeant les grands pétroliers à réduire la voilure sur beaucoup de zones déjà très matures, comme la Mer du Nord.

Vivendi et le dossier Sky

Mais la volonté de s’étendre et de repartir à la chasse aux acquisitions touche bien d’autres secteurs, peuplés de très grandes entreprises riches de trésors de guerre impressionnants, issus d’un long processus de restructuration là aussi.

Et c’est bien évidemment le cas de Vivendi. Restructuré, retaillé après cession de ses activités télécoms SFR et GVT, ainsi que d’Activision, le groupe a annoncé le rachat de Dailymotion, et pourrait désormais être intéressé par de la croissance externe. Selon l'agence Reuters, le groupe aurait regardé le dossier par Sky, le grand réseau de télé payante britannique, valorisé à 23 milliards d’euros, riche de 20 millions de clients à travers 5 pays.

Opération rêvée, mais complexe ?

Une offensive qui aurait sans doute été le plus joli coup de Vincent Bolloré depuis sa reprise en main de Vivendi, mais le groupe l'a démentie.

Deux obstacles majeurs entraient en ligne de compte, notamment un endettement très important (quasiment le double de la valorisation de Sky), et un actionnaire de poids à faire plier... puisque Sky est détenu à 39% par un certain Rupert Murdoch. Exit le dossier Sky, mais le marché va sans doute continuer à rêver d'un mariage entre un Vivendi restructuré et un autre acteur majeur des médias.

Et pourquoi pas Google à l'assaut de Twitter?

Du coup de tels montants et de telles grosses opportunités font ressortir des cartons de nombreux projets plus anciens mais mis en sommeil. C’est le cas notamment de vieux serpents de mer, et Wall Street hier s’est remise à rêver de gros scénarii du type Google qui rachèterait Twitter par exemple, valorisé à une trentaine de milliards de dollars… une opération majeure, un mini-big bang qui équivaudrait à un rachat de Yahoo par Microsoft, estiment les analystes.

Une rumeur plus qu’une vraie information, mais qui a suffi à faire grimper Twitter de 4% en clôture ! Mais on se remet à rêver et à jouer de grandes manœuvres structurelles, de nature à faire bouger de grandes lignes industrielles et à stimuler encore un peu plus les marchés financiers, en accroissant les valorisations des sociétés cotées. De quoi pousser les indices vers de nouveaux sommets.

Antoine Larigaudrie