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Et si le monde se retrouvait à court d’or dans 20 ans?

En l'état actuel des choses, si les tendances persistent en matière d'exploration et de fondamentaux industriels, les réserves aurifères pourraient s'épuiser progressivement ces 20 prochaines années.

En l'état actuel des choses, si les tendances persistent en matière d'exploration et de fondamentaux industriels, les réserves aurifères pourraient s'épuiser progressivement ces 20 prochaines années. - Rio Tinto Files - AFP

Etude-choc de Goldman Sachs : les ressources géologiques actuelles, combinées aux paramètres d’offre, de demande, de rentabilité et de production nous donnent à peine 20 ans de réserves d’or terrestres. Alors que le pic absolu de production d’or devrait être atteint cette année.

Drôle de destin que celui de l’or. Actif très recherché il y a encore 4 ans, où il avait même atteint un niveau historique à quasiment 2.000 dollars l’once, il a depuis été progressivement délaissé face à une conjoncture mondiale qui l’a rendu partiellement inutile, et une demande industrielle mondiale volatile et plus très représentative.

Mais voilà que la menace est désormais une pénurie et une véritable panne sèche. L’Etude qu’a présenté Goldman Sachs ces derniers jours estime que l’histoire financière de l’or fonctionne par grands cycles de 20 ans. Avec un pic de production, suivi d’une baisse marquée, puis retour à un niveau d’équilibre, qui fait repartir la demande, les investissements, la production et l’exploration.

Production en baisse au niveau mondial

Un cycle structurellement comparable à celui du pétrole, même si les durées et les paramètres sont tout à fait différent. Le pétrole qui aura connu lui aussi connu un pic absolu de production, franchi dans le courant de l’année 2006 selon les données historiques de l’Agence Internationale de l’Energie.

Pour l’or, le dernier pic de production est intervenu en 1995. Donc selon le modèle de la banque, nous sommes cette année sans doute à nouveau en passe d’atteindre un nouveau sommet. D’autant que Goldman Sachs note que la production est en train de baisser dans tous les grands pays producteurs, notamment Australie, Afrique du Sud, Etats Unis, Canada.

Réserves minières proche de l’épuisement

Seules la Russie et la Chine ont encore une production d’or en hausse. La fin de cette croissance dans ces deux derniers pays marquera précisément qu’on a passé le fameux pic historique.

Le problème est qu’on attaque donc une pente résolument descendante en matière de production à un moment où, là encore selon les chiffres de Goldman Sachs, si on fait la moyenne des réserves physiques terrestres connues, des programmes d’exploration actuels, du coût actuel de l’extraction et de la rentabilité des investissements, le monde n’a plus que 20 ans de filions d’or exploitables.

Risque de panne sèche

Déjà parce qu’aucune grande découverte de filon nouveau n’a eu lieu depuis plusieurs années. Ensuite parce que les cours actuels de l’or et le timing de leur décrue a rendu les investissements plus difficiles et moins rentables, du coup la situation devient très compliquée pour les grands miniers mondiaux.

D’où le risque évoqué d’une sorte de panne sèche en termes d’or, selon les hypothèses de Goldman Sachs. Qui aurait sans doute des conséquences macro-économiques très complexes… Car même si officiellement l’or n’est plus un étalon monétaire précis depuis la conférence de Kingston en 1971, toutes les grandes banques centrales du monde l’utilisent comme assise monétaire d’une manière ou d’une autre, sans parler du rôle structurel qu’il joue pour le FMI.

Besoin d’un étalon universel

La mise en place de politiques ultra-accommodantes de la part des grandes banques centrales mondiales brouille totalement les cartes en matière de valorisation des monnaies. La tendance actuelle de force et de hausse du dollar lui a redonné des couleurs de valeur refuge. L’or, qui servait avant tout à se protéger contre l’inflation, s’est retrouvé sans véritable intérêt étant donné que l’inflation, précisément, on la recherche tellement que le monde essaye de la créer artificiellement par le biais des banques centrales et de leurs politiques de rachats d’actifs.

Malgré tout au milieu de ce relativisme monétaire absolu, il y aura toujours besoin d’un étalon commun. Et l’or est le seul véritable actif physique à posséder cette qualité.

L’exemple du pétrole

Le pétrole, après avoir lui aussi connu un pic de production en 2006 et une crainte de voir les réserves mondiales arriver à leur terme, a connu une 2ème vie avec la découverte et la montée en puissance des sables bitumineux canadiens et des gaz de schistes américains.

Mais si les tendances se poursuivent sur le même rythme, et dans l’état actuel de l’industrie minière, le besoin d’or va sans doute accélérer la recherche de lieux de prospection alternatifs pour satisfaire une demande sous-jacente qui ne demande qu’à exploser à la faveur de la moindre incertitude conjoncturelle.

Antoine Larigaudrie