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Comment la Chine prend pied sur le marché européen des télécoms

Avec le rachat d'O2 par son opérateur Hutchison-Whampoa, le milliardaire veut devenir le trublion des télécoms... à l'échelon européen

Avec le rachat d'O2 par son opérateur Hutchison-Whampoa, le milliardaire veut devenir le trublion des télécoms... à l'échelon européen - Philippe Lopez – AFP

Avec la finalisation de la vente d’O2 par Telefonica à un opérateur hong-kongais, l’Europe voit enfin la consolidation de son secteur télécom se réaliser… Mais uniquement grâce à l’arrivée de gros acteurs étrangers. Ce pourrait n’être qu’un début.

Tout commence par une étiquette de prix. 14 milliards d’euros. Et la volonté de déclencher quelque chose, alors que le processus de consolidation que tout le monde attend peine à se dessiner. L’opérateur de télécoms de Hong Kong, Hutchison Whampoa, déclenche l'offensive que les opérateurs européens n’osent pas lancer.

La stratégie du groupe fondé par le milliardaire Li Ka-Shing (33,5 milliards de dollars de fortune personnelle selon Forbe’s) se sera étalée sur plusieurs décennies, patiemment. Il y a une dizaine d’année, l’opérateur a crée "3", un petit acteur des télécoms qui va progressivement prendre ses marques, notamment en Grande-Bretagne et en Italie. Au milieu d’une première vague de consolidation, et de prises de participations multiples les uns chez les autres, Hutchison laisse faire et attend son heure.

N°1 d’entrée de jeu en Grande-Bretagne

Et la voilà justement! Il aura fallu attendre que le marché se retrouve congestionné pour lancer la phase 2 de l’offensive, avec une opération majeure, qui va voir son effet amplifié par les possibilités de synergies. Avec le rachat d’02, Hutchison devient d’un seul coup le premier opérateur au Royaume-Uni, avec 34 millions de clients. Mais la tactique de Li Ka-Shing laisse à penser que ce n’est que le début d’une bataille qui va obliger les opérateurs historiques à réagir.

Politique low-cost

En effet, la politique d’Hutchison et de ses filiales a été, dès le début, de profiter de la montée en puissance de la transmission de données, et de proposer les services les moins chers du marché à ce niveau. Les filiales du groupe ont ainsi été les premières à lancer les forfaits-données illimités, à offrir une compatibilité avec Skype pour passer certains appels gratuits et à proposer des solutions sans frais supplémentaires pour les communications en pays étrangers.

Un Xavier Niel de taille macro-économique !

Le phénomène est monté en puissance avec l’explosion des smartphones et des tablettes, avec des clients soucieux de ne pas trop dépenser tout en étant plus exigeants en matière de capacités de données.

En gros, on a affaire à une sorte de Xavier Niel, de trublions des télécoms, mais de taille macro-économique! Un personnage qui devrait inquiéter les opérateurs au niveau européen, tant l’initiative risque de bousculer le paysage en matière de prix, et précipiter le mouvement de consolidation. 

Les actifs en euro recherchés

D’autant plus que le contexte est compliqué au niveau européen par des aspects réglementaires. La Commission européenne appelle les opérateurs à modérer leurs tarifs. Elle verra sans doute d’un bon œil l’arrivée d’un gros acteur de nature à en plus faire bouger les choses point de vue prix.

Dernier aspect qui peut faire croire au début d’un mouvement: les grandes multinationales chinoises ou américaines notamment, sont à la recherche d’actifs libellés en euro, pour contrer d’éventuels effets de change négatifs avec leurs propres monnaies. D’autant plus si ce sont également des machines financières capables de verser de larges dividendes. Plusieurs arguments forts, d’où la conviction chez certains que le mouvement, cette fois, est bel et bien enclenché.

Antoine Larigaudrie