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Ces produits stars de la Bourse qui déboussolent les marchés

Les Exchange Traded Funds constituent la colonne vertébrale de la tendance actuelle des marchés actions, ce qui n'est pas sans provoquer quelques doutes chez les investisseurs.

Les Exchange Traded Funds constituent la colonne vertébrale de la tendance actuelle des marchés actions, ce qui n'est pas sans provoquer quelques doutes chez les investisseurs. - Spencer Platt - Getty Images North America - AFP

Depuis de très nombreux mois, l’essentiel de l’extraordinaire rebond des marchés financiers est alimenté par le recours massif aux ETF, ces instruments financiers de suivi de tendance. Ces produits, sous surveillance étroite des autorités financières, constituent-ils une menace?

Encore un record historique… Dans ce climat exceptionnel de marché où les indices boursiers crèvent des plafonds absolus ou historiques, un nouveau chiffre vient frapper les esprits: 36 milliards de dollars. C’est la somme investie sur les Exchange Traded Funds (ETF) au niveau mondial sur le seul mois de mars, selon les données du géant de la gestion américain BlackRock, qui est d’ailleurs un des principaux intervenants sur ce juteux marché.

L’ETF est donc le principal instrument utilisé en ce moment pour investir sur les marchés financiers. Très demandé, car malgré la période de doutes, de risques et l’instabilité actuelle, il constitue le produit sans doute le plus simple à utiliser, vu qu’il s’achète et se vend aussi simplement qu’ une action.

Jouer la tendance

La particularité de cet instrument est de regrouper les investissements, tel un un fonds commun de placement. Des milliards de dollars ou d’euros d’investissements placés sur un marché précis, indice, secteur d’activité, zone géographique, etc. Pas besoin, donc, de calculs ou de stratégies complexes. On joue, par exemple, un ETF sur les actions européennes au sens large, sur l’Eurostoxx600 en l’occurrence, et le portefeuille suit la performance de l'indice.

La zone euro est le principal terrain de jeu des investisseurs, qui misent sur les actions européennes par le biais de ces instruments. Sur les 36 milliards investis le mois dernier, quasiment la moitié, 14 milliards, l’ont été sur les indices actions du Vieux Continent. Dans une moindre mesure, sur les actions japonaises, pour 8 milliards de dollars. Cap clair et net sur les économies sous perfusions de leurs banques centrales respectives…

Appétit toujours entier pour la Zone Euro

C’est surtout criant pour la Zone Euro. D’autres chiffres hebdomadaires en provenance de la banque d’affaires Merrill Lynch montrent, semaine après semaine, un appétit toujours croissant pour les actions européennes. Les flux nets de capitaux sur les fonds actions sont encore une fois largement positifs sur la semaine passée, à +3,7 milliards de dollars, contre -15 milliards pour les actions américaines. 

Une logique de masse qui questionne

Les autorités de régulations américaines et européennes s’inquiètent de l’essor fulgurant de ces produits boursiers. En premier lieu à cause de l’importance qu’ils prennent. Avec un encours total de 3.000 milliards de dollars à travers le monde, cette masse d’argent investi constitue une structure qu’on peut qualifier de systémique. C’est-à-dire qu’en cas de problèmes, de retrait massif, ou de soucis structurels, un tel "hub" d’investissement doit répondre à un certain nombre de critères de fiabilité, de solidité et de garanties vis-à-vis de l’ensemble du système financier.

Or l'ETF est considéré comme un des produits boursiers les plus lambda au monde: simple, liquide et facile d’usage. Selon beaucoup d’observateurs, l’importance écrasante qu’il est en train de prendre est susceptible de provoquer des déséquilibres en cas de trop forte volatilité des marchés.

Problèmes de valorisation ?

C’est de la nature de cet outil que peuvent provenir d’éventuels soucis. En effet, quand on investit sur un ETF, par exemple lié à un indice boursier, on ne regarde pas précisément les valeurs qui y sont cotées de manière particulière. On investit sur la tendance de l’indice, point.

Du coup, la valorisation de certaines entreprises cotées peut grimper excessivement par rapport à leurs fondamentaux financiers et industriels, alors que d’autres se verront sous-valorisées. Un déséquilibre complexe à gérer. En ce moment, ce mouvement met sur la touche les grandes stratégies de "stock picking", de recherche de valeur à travers certaines sociétés particulières, leurs perspectives ou leur marché. On se borne à acheter la tendance des indices.

Logique de flux imparable

Ainsi, les arbitrages qui faisaient la fortune des gérants de hedge funds auparavant, à savoir détecter les anomalies de marché, les sociétés sous-valorisées ou survalorisées en bourse, pour jouer d’éventuels rééquilibrages, sont devenus obsolètes. Au vu des sommes en jeu, impossible de ne pas se faire retourner par la puissance de la vague.

On reste donc dans l’expectative de ce que pourraient décider les autorités de régulation. Car d'un côté, cet instrument pourrait provoquer -et provoque sans doute déjà- des déséquilibres importants. Mais parallèlement, il "tient" à lui seul une très grande partie du marché. Un dilemme de taille qui pourrait devenir l’enjeu majeur de ces prochains mois.

Antoine Larigaudrie