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Ces entreprises familiales qui comme Etam ont divorcé avec la Bourse

Etam fait ce mercredi ses adieux à la Bourse de Paris. D'autres entreprises familiales ont déjà plié bagage, déçues par leur expérience boursière. Tour d'horizon de ces sociétés qui ont préféré retrouver leur totale indépendance.

Le groupe français de magasins de vêtements Etam va sortir de la cote ce mercredi, vingt ans après y être entré. Les familles Milchior, Tarica et Lindemann, qui détenaient à elles trois 96,3% du capital, ont décidé de lancer une OPA sur le reste du capital suivi d'un retrait obligatoire de la Bourse de Paris. Une manière de boucler une histoire boursière compliquée, marquée par des hauts mais surtout par de très nombreux bas. "Non seulement cela coûtait plus cher de rester mais en plus ça provoquait une certaine inertie", explique le dirigeant Laurent Milchior.

Il fallait également trouver une porte de sortie acceptable aux actionnaires du groupe qui, grâce à cette opération offrant une prime de 50%, vont pouvoir se refaire (en partie) la cerise. Car à un prix de 49,3 euros (prime incluse), l'action reste très loin de ses plus hauts de 2007 (le titre était monté au-delà des 80 euros). Tombée dans l'anonymat et délaissée par les analystes, faute de flottant, l'entreprise compte sur cet épisode pour relancer son activité, affectée par la baisse de fréquentation et le ralentissement de la consommation en Chine dans les grands magasins. Comme Etam, d'autres sociétés familiales ont fini par quitter, déçues, la Bourse. Tour d'horizon.

Clarins, pour éviter une OPA

Entré en 1984 à la Bourse de Paris pour acquérir une notoriété et lever des fonds, le spécialiste des produits cosmétiques haut de gamme a très vite déchanté. Si effectivement, la société a réussi à se faire un nom très rapidement dans les cosmétiques, elle n'a en revanche jamais pu passer la vitesse supérieure. Bien au contraire, Clarins est rapidement devenu une proie pour les géants du luxe que sont LVMH, L'Oréal ou encore PPR (nouvellement Kering). Une situation qu'a mal vécu Olivier Courtin-Clarin, directeur général: "Même si mon frère et moi étions largement majoritaires et en mesure de contrer toute tentative de rachat, cela crée un climat de déstabilisation", racontait amer le dirigeant dans un entretien aux Echos accordé en 2015.

Ce patron raconte également la pression mise par les investisseurs. "L'obtention de profits immédiats était mise en avant, à cause de ces grandes entreprises qui ne voient qu'à court terme car dirigées par des hommes qui recherchent des résultats rapides. Nous devions expliquer tous nos gestes, justifier chacun de nos investissements qui devaient être profitables presque immédiatement. Il n'était donc plus possible d'avoir une politique d'investissement sur le long terme" détaillait-il dans cet interview.

Sortie finalement en 2008 de la Bourse de Paris après avoir racheté avec son frère les 35% du capital restant pour 820 millions d'euros, Olivier Courtin-Clarins n'a pas du tout regretté son choix. "Aujourd'hui [en 2015, date de l'entretien aux Echos, NDLR], nous avons décidé de surinvestir dans nos moyens de production. L'Ebitda est peut-être moins important qu'avant, mais, ce qui compte pour nous, c'est la pérennité de notre entreprise familiale. Il est donc essentiel d'investir massivement, car le marché est très concurrentiel."

Oberthur, parce que cela ne l'aidait pas à se développer

Malgré son titre honorifique de leader mondial des cartes à puces, Oberthur a décidé de se retirer de la Bourse en novembre 2008. Pourtant, au cours du premier semestre de cette même année, son chiffre d'affaires avait augmenté de 14,7% tandis que ses bénéfices avaient grimpé de 42,7%. Mais lassée d'être laisser de côté par la communauté financière, la société a préféré tourné la page.

"Freiné par un déficit de valorisation et d'image, le groupe n'a pas été en mesure de recourir au marché afin de financer sa croissance [...]", avaient alors indiqué les dirigeants dans un communiqué. Conséquence, la maison-mère du groupe François-Charles Oberthur Fiduciaire (FCOF) avait lancé une offre pour racheter les 21,35% du capital restant.

Alors qu'on pensait l'histoire d'amour finie, Oberthur avait tenté de raviver la flamme, en annonçant fin 2015 son désir de revenir en Bourse. Mais des conditions de marché difficiles avaient finalement fait reculer la direction. Un choix que n'a finalement pas regretté le PDG du groupe Didier Lamouche.

"Si nous étions entrés en Bourse nous n’aurions pas pu effectuer cette croissance externe (Rachat de l'entreprise Morpho détenue par Safran). L’introduction en Bourse vous amène à suivre un plan qu’il faut laisser invariant pendant un mois. Sinon, vos actionnaires viennent vous voir en argumentant que vous déviez par rapport à ce qu’ils ont acheté", avait déclaré le dirigeant sur BFM Business.

Dell, pour retrouver son indépendance

C'est une société iconique de la tech qui a fait ses adieux à Wall Street en 2013: Dell. Créé en 1984 par Michael Dell avec seulement 1000 dollars, l'entreprise devient rapidement un des leaders dans la fabrication de PC. Aux côtés de Microsoft et IBM, Dell domine la tech dans les années 2000 et explose en Bourse avec une capitalisation de plus de 100 milliards d'euros.

Mais mis à mal par son principal concurrent Hewlett-Packard et par une stratégie bancale (notamment dans les PC portables), la société a perdu progressivement des parts de marché et est redescendu au troisième rang mondial des constructeurs de PC, derrière Lenovo et HP.

En panne de croissance, Michael Dell accompagné du fonds Silver Lake ont décidé finalement de racheter l'entreprise en 2013. Une opération de 24,4 milliards de dollars qui devait permettre au groupe de se réorganiser sur les services IT, loin des marchés financiers et des investisseurs, trop axés sur le court terme. Soulagé par son indépendance retrouvée, Michael Dell avait alors déclaré: "Nous sommes de nouveau une entreprise familiale".