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Où est allée l'épargne colossale des Français en 2020?

L’épargne réglementée bénéficie d’une fiscalité attractive puisque les intérêts perçus se révèlent exonérés d’impôts.

L’épargne réglementée bénéficie d’une fiscalité attractive puisque les intérêts perçus se révèlent exonérés d’impôts. - Pixabay

Sur les trois premiers trimestres de l'année, la crise du Covid-19 a engendré une épargne supplémentaire de l'ordre de 90 milliards d'euros, soit 4% du PIB.

C'est "du jamais vu", analysent les experts de l'épargne. En effet, tout porte à croire que les records seront battus cette année avec déjà 90 milliards d'euros supplémentaires épargnés sur les neuf premiers mois de l'année, soit 4% du PIB.

Les raisons sont connues: la crise du covid a dopé l'épargne de précaution (inquiétudes pour l'avenir) tandis que les confinements limitent les possibilités de dépenses.

De 15% au quatrième trimestre 2019, le taux d'épargne des Français, déjà élevé par rapport à la moyenne européenne, est passé à 26,7% au deuxième trimestre, selon l'Insee.

Selon le dernier rapport de la Banque de France sur la question, "Au deuxième trimestre, le flux annuel de placement des ménages s'établit à 181,9 milliards, en hausse de 27,9 milliards par rapport au trimestre précédent, en raison de l'« épargne forcée » accumulée pendant le confinement. (...) Les premières données disponibles pour le troisième trimestre montrent une moindre augmentation du numéraire et des dépôts après le point haut observé au deuxième trimestre (34,1 milliards au T3 après 63,8 au T2). Toutefois, ils demeurent à un niveau particulièrement élevé".

Hausse de l'épargne financière

A titre de comparaison, les Français avaient épargné 143 milliards d'euros en 2019. Où est fléchée cette épargne? La tendance observée ces derniers mois ne change pas: les ménages privilégient l'épargne liquide non risquée à savoir les livrets réglementés malgré des taux d'intrêts au ras des paquerettes.

"En glissement annuel, l'épargne investie en produits de taux augmente nettement (149,7 milliards après 123,2 milliards), en particulier sous forme de dépôts à vue ou de livrets d'épargne (135,6 milliards)" observe la Banque de France.

Le Livret A a ainsi connu une collecte nette (différence entre ce qui est déposé et l'argent retiré) de presque 25 milliards entre janvier et fin octobre, le double de celle observée à la même période en 2019, et un record historique.

En revanche, l'assurance-vie, premier placement en France avec un encours de 1.753 milliards d'euros, est la grande perdante de l'année 2020.

Entre janvier et octobre, l'assurance-vie a connu une décollecte de 7,3 milliards d'euros, "une baisse historique", a commenté auprès de l'AFP Franck Le Vallois, nouveau directeur général de la Fédération française de l'assurance.

Cette évolution s'explique surtout par une collecte bien moindre (alimentée par des rémunérations de plus en plus faibles des fonds euro), le niveau des prestations versées restant très proche de celui de 2019, permettant d'écarter l'hypothèse de retraits massifs.

Disparités

"L'assurance vie est une des victimes collatérales de la crise sanitaire du fait de sa nature de placement à long terme", a commenté dans une note Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.

L'épargne financière progresse passant de 25,4 milliards d'euros au 1er trimestre à 32,6 milliards au deuxième dont 28 milliards pour les actions cotées et non cotées et 11 milliards pour les unités de comptes dans les assurances-vie.

Et selon un rapport trimestriel du groupe BPCE, les titres ont fait l'objet entre mars et septembre "d'achats opportunistes" pour 15,6 milliards d'euros, contre 1,4 milliard en moyenne en 2018 et 2019 sur la même période.

Avec l'effondrement des marchés en mars, qui ont depuis rebondi, un certain nombre d'épargnants ont vu une opportunité d'investir à bon compte.

Si le taux d'épargne flambe, tous les Français ne sont pas concernés puisque selon un sondage Kantar mené pour la Banque de France, "seul un Français sur quatre déclare avoir pu mettre plus d'argent de côté que d'habitude" durant le confinement.

Et "certains ménages défavorisés n'ont malheureusement pas pu du tout épargner", a déploré François Villeroy de Galhau, le président de la Banque de France.

Débloquer cette épargne

Autre problème de taille celui de l'utilisation de cette épargne. Le gouvernement exhorte les Français à débloquer une partie de cette épargne pour relancer la consommation ou l'investissement avec par exemple ce nouveau placement de private-equity qui permet de fianancer des PME avec la Banque publique d'investissement (bpi).

Mais avec une situation sanitaire toujoiurs aussi délmicate et un second confinement, les ménages jouent la carte de la prudence. Selon l'Insee, la proportion de ménages estimant qu’il est opportun de faire des achats importants baisse fortement. Le solde correspondant perd huit points et demeure inférieur à sa moyenne de longue période. Il atteint son plus bas niveau depuis mai dernier.

A l'inverse, la part des ménages estimant qu’il est opportun d’épargner augmente à nouveau. Le solde correspondant gagne trois points et demeure bien au-dessus de sa moyenne.

Olivier Chicheportiche avec AFP