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Cyberattaque, euro, pétrole: les scénarios chocs des analystes

Des scénarios choquants mais pas improbable pour autant

Des scénarios choquants mais pas improbable pour autant - Mohd Rasdan - AFP

Prédire l’évolution de l’économie et des marchés est une religion dans le monde de la finance. Pour cette année 2015, plusieurs analystes tablent ainsi sur des scénarios surprenants mais pas irréalistes pour autant.

C’est une lapalissade: prédire l’avenir n’a rien d’évident. Et pourtant, en économie, la prévision est véritable sport qui rassemblent les économistes et les analystes les plus chevronnés. Certains d’entre eux vont jusqu’à envisager des scénarios audacieux voire insolite. Mais pas dénués de tout sens pour autant… En voici quelques exemples.

> L’euro ne vaut plus que 1 dollar

C’est le pari que font les analystes de la banque néerlandaise ING. Ces derniers pensent que la monnaie unique vaudra autant que le billet vert dans le courant de l’année 2015, comme le rapporte le Handelsblatt. Une prévision qui, à première vue, peut sembler audacieuse, quand on sait que l’euro n’a connu qu’une période très brève sous les 1 dollar, entre 2000 et 2002, selon les Echos.

Et pourtant la prévision des analystes d’ING est loin d’être irréaliste. L’euro est actuellement en train de dégringoler. Entre mai 2014 et janvier 2015, la monnaie unique est passée de 1,39 à 1,18 dollar, soit une baisse de 15%. Le 14 janvier dernier, l’euro est même passé sous son cours d’introduction face au dollar, en 1999 (1,1747 euro pour un dollar). 

> Le baril de pétrole à moins de 40 dollars

Le 12 janvier dernier, la banque d’affaires Goldman Sachs provoque un véritable coup de tonnerre en publiant des prévisions étonnantes sur le marché du pétrole. Ses analystes tablent désormais sur un prix de 39 dollars le baril à six mois pour le WTI, à New York, et de 43 dollars pour le Brent de la mer du Nord, à Londres. Impressionnant quand on sait que les prévisions précédentes étaient de 75 dollars pour le WTI et 85 dollars pour le Brent.

Là encore si cette prévision détonne, elle n’en est pas moins crédible. Depuis juin 2014, aussi bien le WTI que le Brent ont perdu plus de 50% et la chute n’a pas encore atteint un plancher. Pour preuve, les prévisions de Goldman Sachs ont eu l’effet d’une prophétie auto-réalisatrice. A l’annonce de ces prévisions, le Brent et le WTI ont perdu 5% et 4,7% à respectivement 47,5 et 46 dollars, lundi.

> Syriza, une bonne chose pour l’Europe

C’est un scénario qui a plusieurs fois grippé les marchés: le parti de gauche radicale Syriza arrive au pouvoir après le 25 janvier prochain. La crainte est que ce parti-austérité enclenche un bras de fer avec le FMI et l’Union européenne en refusant d’implanter les mesures nécessaires pour continuer à percevoir l’aide financière internationale.

A contrario de beaucoup d’analyses, Holger Schmieding, de la banque Berenberg envisage un scénario qui renforcerait l’Europe. Si Syriza, une fois arrivé au pouvoir, n’arrive pas à tenir “ses promesses inabordables”, alors “les partis populistes perdraient de leur crédibilité, et les partis traditionnel dans toute l’Europe auraient bien plus de facilité à démontrer combien ces populistes irresponsables sont superficiels”.

> Les Etats-Unis victime d’une cyberattaque massive

Pour être tout à fait exact, il ne s’agit pas d’une prévision à proprement parler. Chaque année, Byron Wien, un analyste du fonds Blackstone, livre 10 “suprises” qu’il définit comme des faits auxquels “un investisseur moyen donnerait 33% de chances de se produire” alors que lui-même mise sur “plus de 50%”. Parmi ces surprises, Byron Wien évoque une cyberattaque massive de la part de hackers, qui envahiraient alors les comptes des clients particuliers et des professionnels d’une importante banque. La Réserve fédérale (Fed) interviendrait alors et suspendrait les transactions de l’établissement en question pendant cinq jours pour réparer les pots cassés.

Ce scénario est d’autant plus crédible que les attaques sur internet se sont multipliées aux Etats-Unis. A l’été 2014, des hackers avaient ainsi tenté de voler les données de millions de clients de la banque JP Morgan. Et, selon les enquêtes fédérales en cours, une dizaine d’autres établissements ont été visés. Parmi les autres “surprises” de Byron Wien, on notera une croissance chinoise de seulement 5% ou encore un S&P500 qui prendrait plus de 15% sur l’ensemble de 2015.

> Draghi quitte la BCE, le yuan dévalué de 20%, la Russie fait défaut…

Chaque année, les analystes de la banque danoise Saxo Bank s’amusent à livrer en décembre des “outrageous predictions” (“des prévisions incroyables”), qui ne sont pas des prévisions officielles, même si certaines “n’ont pas l’air si étonnantes que cela”, estime Marketwatch, le blog marché du Wall Street Journal. Parmi ces 10 prévisions, Saxo Bank évoque un départ de Mario Draghi, le président de la BCE, au moment de la mise en place du plan de soutien massif, le quantitative easing. Le très sérieux et orthodoxe patron de la Bundesbank, Jens Weidemann, remplacerait l'Italien pour donner des gages à Berlin.

Draghi, lui, deviendrait président de la République dans son pays d'origine, à la place de Giorgo Napolitano, qui a d'ailleurs démissionné le 14 janvier. Un scénario qui a toutefois peu de chances de réaliser. Cette semaine, Mario Draghi a assuré qu’il ne briguait pas cette fonction avant tout honorifique.

Parmi les autres prévisions décapantes de Saxo Bank on notera que les analystes imaginent l’inflation japonaise remonter à 5% alors que depuis plus de 10 ans elle ne décolle pas. Cette flambée serait le résultat d’une politique monétaire ultra-agressive de la Banque du Japon. Autre scénario catastrophe: la Russie, minée par la chute des cours du pétrole et la récession, ferait défaut sur sa dette. Enfin, Saxo Banque imagine la Chine dévaluer sa monnaie, le yuan, de plus de 20%, pour tenter d’empêcher les prix de baisser. 

Julien Marion