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Les tests Covid, jackpot ou fausse bonne affaire pour les laboratoires d'analyses médicales?

Test PCR (image d'illustration)

Test PCR (image d'illustration) - AFP

Alors que la barre du million de tests par semaine devrait bientôt être franchie, les laboratoires d'analyses médicales sont en première ligne.

Plus besoin de fournir une ordonnance, ou même de présenter des symptômes, il suffit de se rendre au laboratoire le plus proche pour bénéficier d'un test de dépistage du coronavirus. Facturé 54 euros, le test virologique (PCR) – le plus fiable – est entièrement remboursé par l'Assurance maladie. Faut-il y voir une bonne affaire pour les laboratoires de biologie médicale, en première ligne de la "ruée" vers le dépistage? Rien qu'en juillet dernier, les remboursements d'analyses médicales ont grimpé de plus de 30% d'une année à l'autre, selon les derniers chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie.

Il serait un peu hâtif de n'y voir qu'une très belle opération pour les biologistes. Comme beaucoup d'acteurs de la santé, les laboratoires d'analyses médicales n'ont pas traversé la crise sanitaire sans encombre. Leur activité est directement corrélée à celle des médecins généralistes: moins de consultations, c'est moins de diagnostics, et moins d'analyses. En dehors du dépistage du coronavirus, les laboratoires ont ainsi perdu une grande partie de leurs patients pendant le confinement – notamment les actes réguliers pour les traitements chroniques dont les patients, fragiles, ne pouvaient pas s'exposer au risque d'une contamination.

"Les laboratoires ont perdu environ 200 millions d'euros pendant le confinement. Les tests redonnent un peu de souffle à la biologie médicale", avance Pierre-Antoine Bodin, associé chez Roland Berger, qui rappelle que ce marché pèse 5 milliards d'euros en France.

"En supposant que l'on réalise un million de tests par semaine pendant un an, au tarif actuel, cela représente 2,8 milliards d'euros supplémentaires. Mais c'est un raisonnement très théorique, car toute la population ne sera pas testée, et on peut espérer que le vaccin arrive dans moins d'un an: la réalité serait plutôt autour de 500 millions à 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires additionnel", poursuit son collègue Patrick Biecheler.

Une très onéreuse machine

Des revenus supplémentaires qui s'ajouteront à ceux de la reprise? Les analyses médicales, momentanément suspendues durant le pic de la crise, devraient être "progressivement rattrapées sur le reste de l’année", analysait déjà en juin dernier une étude Xerfi, qui notait la "demande incompressible" pour la biologie médicale et ses liens "étroits" avec l'Assurance maladie qui finance l’essentiel de ses activités. Reste qu'il pourrait y avoir une contrepartie: la baisse possible du prix du dépistage dans les prochains mois.

"Un test à 45 euros, comme dans certains pays, nous n'en aurons pas les moyens", rétorque un biologiste, dont l'entreprise regroupe un peu moins d'une trentaine de laboratoires pré- et post-analytiques. "Nous avons investi 2,5 millions d'euros en mai pour acheter les machines et les fournitures nécessaires pour réaliser 800.000 tests – et ce montant ne compte pas le personnel que nous avons dû embaucher", explique-t-il, précisant que le test lui coûte 37,60 euros, sur les 54 euros remboursés par l'Assurance maladie.

Au matériel de prélèvement, aux housses de protection et au réactif, indispensable pour révéler la présence ou l'absence du virus, il faut ajouter la très onéreuse machine pour réaliser le test virologique dit "PCR" – qui, contrairement au test sérologique, permet de déterminer "à l'instant T" si l'individu testé est infecté. Le prix d'une machine, qui démarre autour d'une dizaine de milliers d'euros, peut grimper à plusieurs millions d'euros selon les modèles.

"Une question de rentabilité"

"C'est un investissement conséquent: le tarif actuel du test nous permet tout juste d'entrer dans nos coûts de revient. D'autant que les machines les plus efficaces sont celles uniquement dédiées au coronavirus, et le risque est que nous ne pourrons peut-être pas nous en servir par la suite", confirme de son côté Nicolas Ploquin, PDG d'Unilabs France, l'un des principaux acteurs du diagnostic médical dans l'Hexagone. Le groupe, qui a mis en place près de 90 centres de prélèvements et une cinquantaine de 'drive-in' de dépistage, réalise entre 5.000 et 6.000 tests par jour.

"Ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de rentabilité. Nous avons pris des risques financiers importants. Si le gouvernement décide de redescendre à 300.000 tests par semaine, que fait-on de nos investissements? Il n'y aucune certitude de rentabilité ou de pérennité. Les vrais comptes seront à faire à la fin de l'année", assure le biologiste cité plus haut. Plus de 900.000 tests ont été réalisés la semaine passée, et l'objectif du million de tests hebdomadaire sera bientôt franchie.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV